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Avanemia,

et la chute des Treize

 

 

Prologue

Je suis le Feu, la force des passions, un être puissant et courageux qui émane des profondeurs comme du ciel étoilé. J’épouse les formes de ce qui me touche même quand je ne peux pas les brûler et je fuis les formes qui peuvent m’étouffer avant que je ne puisse les brûler. Lorsque je vis, je brise l’inertie et la froideur, aussi réconfortante de loin que terrible de près. Je suis la Foudre, énergie des corps et du monde, sciant avec rage l’atmosphère. On m’a d’abord fuie avant de me contrôler, mais chaque part de moi qui s’échappe, à la fois vivace et spectaculaire, reste crainte et ne peut plus jamais être contrôlée. Je vis en habitant, attirant, effrayant comme tuant. Je suis l’Eau, l’essence de la nature, séparant ciel et terre mais m’infiltrant jusqu’à leurs demeures. Œuvre de la nature, j’offre une survie que je peux mettre en péril lorsque la colère me submerge. Les êtres-vivants me suivent et me consomment, mais souvent docile je préfère les laisser faire. Raisonnable, je suis compréhensive tant que l’on me respecte...
Nous pourrions tous nous présenter, nous sommes encore nombreux ! Nous sommes tous utiles, désirés à différents degrés mais tous exploités pour la suprématie. Nous sommes tous des constituants du monde, treize éléments nés de l’univers, cependant, depuis 1300 ans nous sommes également des Magies du monde de Bélézia. Ceux qui ont pu nous maîtriser en ont payé les conséquences, certains ont sombré dans la haine et se sont donnés à l’autre-monde alors que d’autres ont essayé de nous attendrir et de sauver les repentis en finissant au même endroit. Seuls de rares êtres ont réussi à semer la mort et à nous asservir sans conséquences, sans nous laisser intervenir dans le processus d’élimination naturelle. Ces êtres-là ont été nommés « Dieux » en raison de leur suprême force, or il semblerait que leurs si longues vies les aient conduits peu à peu à l’inexistence, voire à l’oubli. Est-ce pourtant cela qui a condamné l’un d’eux à sombrer dans la démence la plus sombre ? L’un d’eux, pas n’importe lequel : le plus fort, le plus dangereux, le Dieu incarnateur de l’élément de la mort : Galda. Sa terrible force a commencé à détruire les civilisations des deux continents alors habités, Ilyenda et Sir, s’en prenant à quiconque osait ne pas se prosterner face à lui. Les villes et villages auraient pu périr, pourtant les autres dieux décidèrent de l’entraîner hors des zones habitées, se liant ensemble afin de diriger par la Magie le Dieu Galda. Se regroupant, ils enfermèrent l’entité dans une immense bulle sacrée que scellèrent Sancta et Tsunamia, faiseurs de Lumière et d’Eau. Manipulé mais seul, Galda fut contraint à parcourir les seuls quelques hectares de son nouveau domaine, et la partie sembla pencher en faveur des douze Dieux qui avaient mis une part de leur énergie vitale pour s’assurer de la puissance de la barrière. Chaque jour, ayant perdu de sa démence à cause du bouclier, la divinité sombre caressait des doigts la protection dans l’espoir d’être ressentie des autres divins, comme un appel, comme une supplication, sans se rendre compte que ce simple acte de peine révélerait de si désastreuses conséquences...

 

Chapitre 1

Date : 8.01.1322
Lieu : Université de Natavivat, fin-fond de la Forêt Septentrionale

 

Le plein hiver s’abattait dans le nord, dans les villages forestiers, il s’insinuait jusqu’au pied des arbres à cause d’un vent violent, effaçant jusqu’à la couleur du bois et des feuilles. Les flocons voyageaient d’arbres en arbres, s’enfonçant vers le nord, s’éloignant des villages pour aller fondre contre les parois de pierre d’un majestueux rempart soutenant les attaques de la neige. La nuit tombante créait une agitation derrière les murs, à travers un grillage et au-delà d’un jardin architectural disparu dans la blancheur, quelque part entre les piliers d’une arcade taillée dans un rocher. Tout le lieu semblait paré à un dernier éveil avant la grande hibernation, tout comme la nature avait besoin d’un profond sommeil. Cela se traduisait par la marche lente et veule des habitants encapuchonnés qui avaient l’air d’hanter le lieu plus que de l’habiter. Ce soir-là, il faisait bien plus froid que ce qu’il aurait dû faire, aussi froid que dans les montagnes arctiques, les chaînes de l’Icelapidem, aussi glacial que dans l’immense Université de Marbriem. Des éclairs vrombirent dans le ciel et les élèves de l’Université forestière de Natavivat se replièrent à l’intérieur rapidement. La tempête n’avait plus de cesse et les arbres gelaient sous le froid. Pourtant, le climat à l’intérieur de la bâtisse de pierre, couverte de bois, était plutôt au rendez-vous, et la cohorte d’élèves nappée en des tons de verts variables, recouverts de capes blanches se plaça en ligne, au son de la lyre, des luths et des bendirs. De longs parapluies suspendus à leurs bras et dont ils avaient parfaitement la maîtrise resplendissaient de mille feux. Chaque parapluie aux couleurs des habits représentait un modèle différent, avec des procédés de construction légèrement différenciés, mais surtout ... pâles chromées en titane, cannes-épées, et ancrage interne en pierre d’Aquaws, vectrice de la Magie en faisait tant un objet esthétique de premier choix qu’une arme redoutable. Les instruments retentirent pour l’une des fêtes communes à chaque université, celle-ci célébrait l’heure d’un repli, mais aussi de la fin d’une longue période d’apprentissage et de travaux. Les élèves s’en donnaient à cœur-joie, tapant fièrement la pointe de leur parapluie de guerre, le rituel avait des airs de bal, de danse sectaire à l’écart du monde. Rien ne les laissait présager que les arbres continuaient de geler à s’en tordre, à un seul endroit, comme si une force interdite traversait et transperçait la forêt. À l’intérieur, les élèves continuaient de festoyer, lançant des éclairs de Lumière de toutes couleurs au plafond avec leurs parapluies, l’autre bras accroché à leurs partenaires. Vert pomme et vert sapin se mélangeaient joyeusement et profitaient encore un instant de cette sublime chorégraphie. Le gel vint toquer à la grille qui dut se tordre pour l’accueillir, les fleurs se refermèrent dans le parc, la neige essaya de s’écarter mais elle fut agglomérée autour de ce qui se promenait ici, inexorablement. Un bouclier de neige avançait de force, comme un otage alors que la cérémonie chaleureuse continuait. Deux étudiants vêtus de vert pistache sirotaient deux verres de Sirop d’Emeraude, l’air esseulés, très proches. Une jeune étudiante rousse avait sa main déposée nonchalamment contre la vitre donnant vue sur le jardin, que personne ne fixait. Probablement s’embrasseraient-t-ils ? La jeunette retira tout à coup sa main, glaciale, comme réveillée, et inquiéta son ami :
-Que se passe-t-il, Aloyse ?
-Regarde la fenêtre, Wandrille. se surprit-elle.
Le verre de la vitre blanchissait en rampant peu à peu vers le bois de la fenêtre, comme un insecte de glace. Cela n’était pas normal et les deux élèves se hâtèrent à la recherche d’un maître, passant entre les danseurs effarouchés par leur soudaine brusquerie...

-Ils doivent... cesser... de voler... la précieuse Magie !
Le bouclier de neige valsa à une vitesse ahurissante et arracha deux colonnes avant de pulvériser la porte ! Des morceaux et de la blancheur explosèrent aux yeux des étudiants pris par surprise. Un mètre de neige les noya et des débris les blessèrent vivement. Désopilés, les maîtres intervinrent et usèrent du pouvoir de la pièce alors que la chose abyssalement froide marchait encore vers l’entrée. Les fleurs d’intérieur plongèrent leurs racines dans la neige et en tirèrent les élèves inconscients tandis que leurs branches vinrent calfeutrer la porte. D’une traite, les lianes protectrices cédèrent sous le froid alors que les étudiants postés derrière le rideau de verdure avaient sorti les parapluies de guerre, prêts à combattre l’ennemi dans le souffle froid qui leur parvenait. Les émanations magiques jaillirent hors des parapluies, des tirs bruts qui claquèrent contre la glace ; de l’eau qui vint se coller de dessus, un souffle qui renvoya l’air froid. Ils se massèrent, essayèrent plus fort, à coups de graines, d’infiltrations, de rafales ! ... Mais l’ennemi, comme hors d’atteinte, avançait encore, enragé par la pluie de coups, et alors que la cohorte d’étudiants se prépara à une bataille physique, blanchie par le gel que les bougies n’enrayèrent plus, le monstre de glace hurla, tonna son « Gel corporel ». Les étudiants se couvrirent avec les parapluies qui gelèrent, malheureux ils se figèrent à la suite. Wandrille se jeta sur Aloyse et la réfugia sur une table alors que les professeurs arrivants bloquèrent les tentatives suivantes avec tout leur courage, une fois que l’ennemi eut pénétré dans la demeure. Leurs sorts de suppression d’air ne tua pas l’être glacial qui creusait ses pas blancs dans le plancher, leurs sorts d’Eau furent refroidis et renvoyés. On voyait les plus hardis protéger à l’aide d’un grand bouclier de Lumière tous les élèves apeurés qui étaient partis se réfugier derrière eux, exfiltrés au fur et à mesure.
-Qui êtes-vous ?!! grimaça l’un des maîtres.
-Vous... utilisez... notre Magie. Vous devez périr. Treicideltera !!!
Les fenêtres volèrent en éclats, les lumières explosèrent, les tables furent soufflées par un intense blizzard d’où naquirent d’énorme pieux de Glace translucides. Wandrille se coucha sur Aloyse, terrorisé, et subit les tables qui lui rentrèrent violemment dedans, avant de crouler sur le côté. Époumonée, elle voulut jeter un sort mais le bras de son ami la convainquit de ne pas agir. Les pieux de Glace décollèrent aussi vite que des carreaux, ils vinrent se fracasser par dizaines contre la coque de Lumière qui se fendit en agenouillant de douleur les maîtres.
-Pourquoi les sylvains ne viennent-ils pas à notre secours ! Maître Fengir !
-Il fait... trop froid !
Tous ceux qui le purent ripostèrent, tout le monde se mit à viser l’entité, or le grand bouclier de glace vint faire ricocher les lianes qui essayèrent de le frapper. Elles finirent par se coller dessus, annihilées, et tous comprirent alors que :
-Êtes... êtes-vous... un Dieu ?!?
-Toute cette Magie employée contre moi... Pathétique... Vous commencez sérieusement à m’exaspérer ! Mourrez, race inférieure !!!
-Mançanilla !
Un immense arbre sortit du plancher et s’interposa en bloquant les tirs des deux côtés. Tous les professeurs s’allièrent et lui offrirent un bouclier. Les étudiants finirent de détaler, sortant de la salle pour se réfugier dans les tours, l’arbre s’anima et refila un grand coup de branche à l’être qui dut reculer de plusieurs pas. Il se mit à railler, Aloyse profita de l’instant, attrapa Wandrille sous le bras, et ils coururent s’enfoncer dans les étages inférieurs par l’accès à la réserve. L’être ria de plus en plus fort sous le regard médusé et désespéré des maîtres épuisés, tremblotants, engelés, qui n’avaient rien pour partir. Ils ne fuiraient pas par la voie de airs, ils protégeraient les leurs au prix de leur propre vie !
-Est-ce là toute l’étendue de vos pouvoirs ??? Ha... Ha ha ha ha !!!
L’inconnu planta deux pics de Glace et arbre magique commença à blanchir, il eut beau se débattre, et refiler des coups, rien ne fonctionnait ! Le bouclier arrêtait tous les effets, et le poison en prime. Acculés, au bord du gouffre, les maîtres brandirent une fois encore leurs parapluies avant de finir congelés, et implorèrent la forêt tout entière de leur venir en aide. L’être rit mais le sol, lui, gronda si fort que les deux échappés tombèrent, observant les murs du sous-sol se briser sous les incursions des racines. La pointe de la lame scintillante, tous repliés derrière les pâles de leurs parapluies, les survivants de préparèrent au pire. Le sol s’écarta, forcé par les milliers de racines et de ronces qui attrapèrent pieds et poings de l’individu, en l’ébréchant de force ! Il se débattit, des dizaines de pieux explosèrent la pièce et transpercèrent les parapluies avec fracas puis plus rien, le Piège de la Nature tut l’être dans une douleur indescriptible ! Il y eut un grand silence, la forêt tenait bon et le Maître Fengir, affaibli, osa descendre. De près, il pourrait distinguer le condensé magique surpuissant d’une divinité. Les marches gelées étaient glissantes et le sol de la salle ravagée quasiment impraticable. Grâce à la Magie de Plante, ses semelles accrochèrent le verglas et le rendit inefficace. Grimaçant, le monstre s’illuminait de plus en plus, se secouant frénétiquement, de plus en plus écartelé. Le parapluie brandi à la défensive, le maître marcha entre les statues de glace que formaient ses élèves, prêt à riposter. On aurait dit que les membres de l’entité capturée s’étaient désolidarisés, et à présent très près, le maître essaya de fixer les yeux de l’entité. Une lueur rouge était visible, très lointaine, mais ses yeux sans pupille...
-N... non. Pourquoi ??
Les racines commencèrent à péter en claquant, les poings de l’entité enflèrent, les sorts envoyés continuèrent de ricocher ! Le maître recula, ordonna de faire sortir tous les élèves !
-Il en est hors de question !!! OUI, JE SUIS VOTRE DIEU, GIVRIUS, blasphémateurs !!
Toutes les autres lianes claquèrent subitement, s’écrasant au sol avec fracas, le froid s’amplifia encore et les plus affaiblis tombèrent. Le maître hurla à nouveau « Partez ! Partez ! » et le monstre grandit encore, se métamorphosa, devint un géant, crevant le plafond. La haine de la créature avait tant enflé qu’elle ne demandait plus qu’à s’échapper ! Tous couraient dans tous les sens, violacés par le froid. La terreur paralysait le courageux Maître Fengir et l’assassin se pencha contre lui d’un air insatisfait, maugréant :
-Puisque vous êtes aussi persévérants, je vais tous vous éliminer avant que vous ayez prononcé la moindre parole ! Votre note : Zéro absolu !
Le maître fut littéralement soufflé, devenant une statue dont les pointes partirent dans le sens contraire de son corps, les murs et les escaliers volèrent, vaporisés ! Ne parlons pas même de portes tant l’onde de choc glaciaire dévasta tout, le toit sombra également, les étudiants qui fuyaient à l’intérieur de tours furent également pris par le froid qui transforma Natavivat en iceberg plus froide que le fond du cosmos ! La rage se répandit jusqu’au bout du domaine, explosant la dernière tour des survivants, tour qui croula sur une cour intérieure et tut les cris !
Les portes explosèrent aussi dans les sous-sols, et la folle Glace poursuivit aveuglément les deux survivants blessés qui arrivèrent au bout de leur chemin, sans aucun échappatoire ! Ils se jetèrent dans les bras en pleurant, affligés, détruits, une fois la dernière porte passée. Le bruit de l’onde du sort arriva à grand galop, dévastant les armoires de réserves avant de « toquer » en abîmant la porte. Des pics de glace de trois mètres de long passèrent au-travers de cette dernière et un grand souffle frappa les survivants qui furent projetés contre le mur, dans le noir complet, probablement morts pour du bon !
L’Université forestière de Natavivat n’existait plus, et restait si seul le grand Givrius métamorphosé avec des airs de titan, aussi grand que la bâtisse. Une lueur cessa d’émettre dans ses yeux, soudainement, et il sembla se retrouver pantois.
-Je... Il faut que je rentre.
Pourquoi cette étrange réaction ? Nul ne le savait. Ce qui était évident en revanche était que le monde de Bélézia était en train de sombrer dans un drôle de chaos...