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Bélézia I

Destins Opposés

Chapitre 1

Dans un temps antérieur

À présent ce ne fut plus la première, mais la seconde fois que le Spirelien venait d’être évincé, retiré, rejeté, fustigé du cadre de vie d’une société aussi enchaînée par les conventions qu’impitoyable. Et la colère ou le dégoût de l’être qui avait été exclu n’y changeaient rien. Ce Spirelien qui vivait à l’époque depuis un quart de siècle se prénommait Goldar Solayre et, pour la remarque, les événements présents se déroulèrent en 2206, soit bien avant que n’eut débuté la longue histoire...

Bien sûr, son passé à la fois flou et sombre lui avait valu la prison, et un premier rejet de la société ! Et étrangement, ce Spirelien qui avait appris les arts du Néant durant sa captivité eût souhaité retrouver cet espoir de pouvoir « vivre avec eux ». Dans cet élan rédempteur, il avait travaillé dans l’armée de l’Espadon en tant que soldat, là-bas déjà ses talents dans la pratique de l’élément noir lui avaient permis de faire des expériences très prometteuses et qui laissaient présager de grandes avancées scientifiques dans un futur proche ! Mais hélas tout avait « encore » mal tourné : ses expériences à haut potentiel, mais bien trop dangereuses avaient été invalidées, sa prometteuse carrière de militaire s’était brisée net à la suite d’une violente dispute avec son supérieur, qui fut suivie d’une démission brutale. De surcroît, quasiment personne dans la société n’avait oublié la longue liste des méfaits qu’il avait commis dans le passé !

Se retrouvant à la fois haï et repoussé, Goldar fut contraint de fuir avant de perdre la raison et de devenir dangereux pour les autres. S’ensuivirent de longs jours d’errance, où l’être hanté à la fois par la frustration et une rancune insurmontable se sentit prêt à songer aux pires desseins. Se donner la mort ? Ce n’aurait été que trop donner raison à la société. Se cacher pour revenir ? Non, cela ne fonctionnerait plus, mis à part pour vouloir se faire exclure à nouveau...

C’était un rude automne. Tremblotant dans le souffle glacé d’un vent fort, entouré des arbres d’une forêt au sud-ouest de son ancien village, Spirès, l’exilé piétinait sans relâche les feuilles humides quand l’idée la plus néfaste qu’il ait pu avoir vint l’effleurer... ce genre d’idées qui autrefois l’eut fait commettre d’atroces forfaits... Goldar s’assit lourdement sur la racine d’un arbre imposant pour réfléchir, se parlant à lui-même pour oublier sa pesante solitude :

— Je dois... et même si j’aurais voulu que ce soit une autre vie, je dois me venger ! Ils vont devoir payer, c’est ainsi, que ce soit avec leur argent ou leur vie ! Et quand bien même cette rétribution leur paraît brutale, ils devront l’accepter malgré tout, de gré ou de force ! Ces ignares ne le comprendront jamais et pourtant je maîtrise le Néant, je pourrais tout leur apporter, tel un génie. Je suis brillant, je le sais au plus profond de moi, alors pourquoi... ? Non, non, non et non ! Ce sont des idées fausses, ils ne le méritent pas, ils ne me méritent pas ! Ce sont des êtres inférieurs et ils ne méritent rien ! Si hypocrites, avec leurs regards si discriminants, si lâches, ils ne méritent que d’être des esclaves !!!

Les yeux de Goldar, déjà si particuliers du fait de la couleur bleu sombre de ses iris, un bleu profond proche du marine, devinrent aussi noirs que du charbon, avec une sorte de brume sombre se mettant peu à peu à les entourer. Il continuait son monologue tout en se relevant pour poursuivre sa marche vers une destinée que lui seul semblait connaître :

— Je ne leur laisserai qu’un seul choix, le pardon ou la mort, s’ils refusent mon offre et survivent, ils deviendront mes nexus, mes esclaves et je serai leur nexum, leur maître ! De toute façon, ce peuple doit être réformé s’il veut espérer survivre, autrement d’autres peuples comme ces Autezards en prendront aisément la place, place qu’ils convoitent depuis fort longtemps. Au fond de moi, je suis persuadé que d’autres peuples m’accepteront, même si mon origine est spirelienne ! En attendant...

Goldar, haineux, en voulait à présent à tout son peuple alors qu’en réalité ce n’était qu’une minorité de Spireliens qui l’avait poussé à ce terrible exil... mais trop tard, bien trop tard ! un penchant pour les choses néfastes l’avait déjà englouti et noyé, plus de retour en arrière n’était possible.

Il marchait encore, d’un pas incertain, empli du Néant qui lui troublait le cerveau, le consumant lentement de l’intérieur telle une maladie. Goldar titubait beaucoup, à la limite de rompre, il menaçait tout simplement de basculer vers la folie ! Lui, voulant au plus profond de son être se prouver qu’il « maîtrisait » parfaitement le Néant n’en était peut-être pas tant maître que ça et, soudainement, comme pour démontrer qu’il avait tort, il fut pris d’une frénésie immense. Son corps se mit à rougir, rougir de plus en plus, devenant un bref instant aussi insensible et dur que la pierre, et dans le brusque moment de folie son poing enflé vint heurter le tronc d’un arbre pluricentenaire bien plus solide que Goldar, ce qui manqua de peu de lui briser la main entière !

Rapidement revenu à la raison, ses yeux retrouvèrent leur profondeur habituelle et il perdit connaissance en s’effondrant avec le corps raide, peut-être aussi raide que l’arbre qu’il avait violenté. Sa tête droite s’enfonça amplement dans le tapis de jaunes feuilles sèches de la forêt et la pointe de son nez s’enfouit, elle, jusque dans la couche d’humus qu’elles recouvraient. Son corps finit par se retourner grâce à une pente fortement inclinée, ce qui permit à Goldar de respirer avec son pâle visage tourné vers Léïndra, la lune de Bélézia plutôt que vers la terre froide et compacte.

Au lendemain, lorsqu’il reprit conscience, le vent avait faibli, le soleil s’élevait lentement en éclairant les cimes hautes. Goldar se remettait faiblement d’aplomb : son bras saignant lui causait une douleur atroce en étant parfois pris de tremblements ou de contractions soudaines, violentes et brèves. Toutefois, l’être rejeté n’avait pas oublié ce qui lui avait tourmenté l’esprit la veille : le voilà certain de son but. Ainsi il accélérait la marche pour trouver en ces lieux sauvages et hostiles la seule personne qu’il y avait déjà croisée, ou plutôt entrevue, c’était durant son évasion de prison de longues années auparavant. Une scène d’à peine quelques secondes restée dans sa vision floue, dans laquelle la luisance des yeux de cet ermite lui avait parue si surnaturelle que Goldar s’était mis en tête de le retrouver, alors que tout le monde le fuyait, pensant que c’était un magicien, un sorcier ou un chaman démoniaque.

Et il persévérait, encore et encore, à fouler cette forêt grande comme une région, sans à aucun moment perdre espoir... au moins, sa solitude lui apportait un grand vent de liberté.

Pendant l’après-midi puis le soir, il s’obstina de manière effrontée à parcourir de long en large la forêt, tantôt en se rapprochant de l’est, tantôt en se rapprochant des Monts Centraux du continent, et même si la lumière quittait peu à peu l’endroit et que les ombres y prenaient sa place, la persévérance de Goldar fut récompensée, car il finit par apercevoir, adossée à une falaise, une cabane, coincée entre deux arbres épais et densément feuillus. Cette cabane servait également de repaire délimitant le pied des Monts Centraux, au-delà ne se trouvait non plus une forêt, mais un surprenant décor de pierres nues battues par les vents en altitude. Goldar comprit qu’il arrivait à sa destination et cela lui redonna un peu d’énergie, néanmoins, une fois devant l’huis de bois, une forte appréhension vint ternir sa joie intérieure.

Goldar toqua timidement à cette porte massive à la peinture écaillée, mais nulle réponse ne lui fut donnée, comme si le lieu espéré était désert. Il observa un instant les extérieurs délabrés de la cabane, attendit encore un petit peu puis, dépité, il commença à faire demi-tour pour continuer son chemin quand le lourd bruit de fer du loquet se fit entendre. Goldar, méfiant, se retourna et recula d’un pas, attendant que l’habitant se montre en entier. La porte s’ouvrit de plus en plus et apparut sur le perron un grand corps, droit et imposant comme un chêne, un visage presque aussi inexpressif que la falaise derrière la cabane... Soudain, Goldar fut frappé par l’individu, la vieille réminiscence de cet ermite, il était sûr que c’était celui-là même qui l’avait jadis aidé !

L’être à l’aspect sentimental du marbre le fixa droitement durant de longues secondes et l’exilé ne sut quoi lui dire, une sensation oppressante l’envahissait. Au terme des secondes, la grande personne lui lâcha enfin une phrase comme pour détruire ce mur de silence :

—  Hum... je te reconnais...

—  Je... c’était il y a si longtemps.

— Près de huit ans, déjà, à peine si nous nous sommes croisés ce jour-là. Quelle raison t’amène ici ? S’il n’y en a pas, tu peux repartir.

— Il paraît que vous n’appréciez pas trop les Spireliens.

— Et alors ? Je n’en vois jamais ici, mis à part toi maintenant.

— Je veux, c’est décidé, je veux me venger.

— Te venger ? De qui ? Je doute fort que tu parles de moi, sinon tu ne serais pas ici en face, tu aurais attaqué en traître comme tous ces Spireliens. Et que penses-tu que je puisse y faire ? Tes petits tracas ne me regardent en rien, mais soit, passons. Tu dois avoir une immense motivation pour oser revenir jusqu’ici, quel est ton nom, jeune ?

— Je m’appelle Goldar, sortit-il faiblement, rattrapé par sa fatigue et sa douleur.

— Hum, tu n’as pas l’air à la redresse. Viens, je ne vais pas te laisser agoniser ici…

— …

— Allez, entre.

— Merci, merci beaucoup.

Goldar fit lentement les pas reliant l’ermite à lui, puis après avoir gravi une marche, il pénétra au sein d’une cahute accueillante quoiqu’un peu sombre à cause des fenêtres oblongues toutes poussiéreuses s’y trouvant. Au-delà d’un grand nombre de toiles d’araignées abandonnées, il y avait une petite cheminée et tout le mobilier semblait fait de chêne noir. L’hôte indiqua avec son doigt une basse et rustique caqueteuse où s’asseoir et le réfugié s’y effondra presque. Ce dernier osa alors lui demander son nom :

— Et vous, quel est votre prénom ?

— Je n’aime pas trop que l’on me vouvoie, est-ce en rapport à mon âge apparent, Goldar ? Mon nom est Xándros. Attends deux minutes, je vais chercher quelque chose pour guérir ton bras et tu me raconteras ton histoire ensuite.

Xándros partit dans une autre pièce, celle-ci contrairement à la salle principale était construite à même la falaise et donnait un côté troglodyte à la cabanette du mage. Goldar songeait pendant ce temps à son plan.

Une fois revenu, l’hôte se servit de fioles remplies d’un liquide verdâtre qu’il appliqua sur le bras de son invité qui, protestant vivement à cause de la douleur, finit tout de même par se laisser faire... moins d’une minute après, son membre supérieur était intact, invraisemblablement, plus aucune douleur ni aucune écorchure. Xándros partit éclairer plusieurs bougies et la cheminée pour lutter contre l’obscurité puis s’assit ensuite sur une autre chaise en face de Goldar :

— Pourquoi souhaites-tu te venger ?

— Hier encore j’en doutais, mais maintenant j’en suis certain, la société m’a rejeté, elle a même voulu me faire taire, ainsi je... souhaite...

— Tu n’es pas sûr de ton choix ?

— Si, je m’étais dit tout de même que je pourrais leur laisser un ultimatum, une dernière chance pour qu’ils se rachètent.

— Les Spireliens ? Pauvre naïf, s’ils t’ont exclu, ils ne reviendront pas sur leur décision.

— Mais !

— Silence, Goldar. Tu ne comprends pas toi-même ce dont tu es en train de parler. Enfin, cela est normal, vu ton jeune âge...

— Mon passé est long et lourd alors je sais exactement de quoi je parle. Vous... tu n’es guère plus âgé.

— Et quel âge me donnes-tu ?

— Soixante... peut-être...

— Tu es bien loin du compte... enfin, là n’est pas le sujet. Si tu souhaites te venger, je pourrais peut-être t’aider, mais à une seule condition : que je reste aux arrières-loges. Ce n’est pas ma vengeance, c’est la tienne.

— C’est compréhensible.

— Bien, dans le cas où tu souhaites te venger, il te faut connaître tes points forts et tes points faibles... et le premier écueil est cet espoir futile que tu portes encore... un ultimatum ?!

— Peut-être, je...

— Crois-tu que cela apaiserait ta colère s’ils s’excusaient ?

— Je... arrête, je n’en sais rien !

— Alors, dis-moi ce que tu comptes faire s’ils refusent.

— On m’a déjà parlé d’une faction autarcique nommée les « Autezards », ils seraient eux aussi en quête d’une vengeance contre ces Spireliens.

— Non, les « rebelles autezards », ne les confonds pas. Eux c’est purement par la domination qu’ils fonctionnent. Apprends ça, si ça peut te servir : ces types sont bêtes et facilement influençables, c’est pour cela qu’ils ont perdu la grande majorité de leurs guerres contre les Spireliens. Si tu es inexpérimenté, tu n’as, par contre, pas l’air aussi bête qu’eux et...

— Fais attention à ce que tu dis de moi ! dit-il en se levant d’un élan brusque, je suis un génie, je ne suis pas comme eux !

— Rassieds-toi, répliqua calmement l’hôte.

— ...

— Je te conseille. J’ai quelques siècles de plus que toi niveau connaissances, regarde simplement les livres de cette bibliothèque et tu en sauras énormément sur le passé. Soit, les rebelles autezards ne sont pas très malins, en revanche, et je peux t’y aider, réussir à les manipuler pourrait te donner un avantage physique de choix : ils sont les bêtes noires des Spireliens. Je pense qu’il sera beaucoup plus facile de te faire entendre face à eux lorsque tu les contrôleras. N’était-ce pas là, ta volonté ?

— L’exacte volonté ! mais comment y parvenir ?

— Quels sont tes points forts ?

— Je n’en sais rien.

— On n’avancera pas sans un brin d’ambition. Ici tu peux crier que tu es un génie, un surdoué, un « ce-que-tu-veux », je n’en ai que faire. Goldar, ici personne ne t’entendra.

— Je dois être intelligent... J’ai fait l’armée, je sais donc me battre.

— Continue.

— Je suis créatif, oui, j’ai longtemps conçu des expériences pour essayer de moderniser mon... ce peuple, le tout grâce au Néant.

— Intéressant.

— Juste « intéressant », Xándros ?! Exceptionnel oui, cela veut dire que je maîtrise le Néant !

— Quelle prétention, qu’est-ce vingt ou trente années dans la maîtrise de l’élément noir ?

Ils réussirent au moins à se mettre d’accord sur le fait d’utiliser ces « rebelles » comme outil de vengeance. Cependant Goldar, pour bien s’assurer d’avoir un allié en face de lui, souhaita en connaître davantage sur Xándros. Le mage plus coopératif que l’heure d’avant préparait de quoi se rassasier tout en lui expliquant sa longue histoire : son art inégalé de la Magie lui apprit à se servir de la nature comme d’une source de jouvence, confondant son véritable âge avec son apparence physique, en réalité, Xándros avait 298 ans. Autant d’années de savoir qui le rendait en tout point capital pour l’objectif de Goldar. Et puisque l’invité voulût en connaître davantage, Xándros poursuivit ses explications durant le repas constitué pour beaucoup de produits champêtres.

Très longtemps avant, Xándros qui était alors âgé de 37 ans fut confronté à une vérité qui à l’époque et encore aujourd’hui ne restait sue d’aucune personne de la classe populaire spirelienne : l’extermination d’un peuple en catimini, le peuple de Xándros, qui habitât en cette forêt et au-delà plus au sud. Selon ses dires, les Spireliens et même les dieux auraient décidé de les décimer, mais ce n’était que rumeurs infondées. Goldar, distrait par une amulette que portait l’ermite autour du cou, pensait que ce pouvait être un santagna, mais il ne le questionna pas davantage sur le sujet... peut-être en faisait-il partie, peut-être que non...

En tout cas, Xándros trouvait trop long le fait d’expliquer l’intégralité de son passé alors il stoppa net son récit, préférant directement évoquer le dessein de Goldar :

— Que dirais-tu si nous partions à la rencontre des rebelles dès demain ?

— Dès demain ? Connais-tu le chemin ?

— Te moques-tu de moi ? Pourquoi te le proposerais-je sinon ? Hum... ce repas est insipide, pas vrai ?

— Je n’en sais rien, mais je n’ai plus faim, merci.

— Alors je vais te montrer où tu pourras te reposer, je m’occupe dans la soirée de te confectionner de quoi te défendre. Pas besoin de beaucoup marcher, tu comprendras ce qu’est « maîtriser le Néant ».

Les deux se levèrent et partirent dans la partie troglodyte, de là plusieurs pièces illuminées de lueurs apaisantes apparurent à l’exilé. À gauche, on descendait un niveau en dessous, à droite, la chambre du mage et une autre qui servait plus de remise qu’autre chose. Goldar y prit ses quartiers, harassé par les longs jours de progression et le vent important. Sous la falaise, impossible d’observer le ciel et de savoir quand viendrait le prochain jour... De toute façon, Goldar s’endormit presque instantanément.

Vint le lendemain, Xándros le réveillant lui demanda s’il était prêt, ajoutant qu’il ne pourrait plus revenir en arrière, mais Goldar demeura interdit, comme pour lui montrer son obstination à présent immuable. L’hôte indiqua à Goldar de sortir devant l’habitation, ce qu’il fit. Xándros revint une minute après, doublement armé : dans sa main droite, il tenait un sceptre à la courbure presque identique à celle d’une faux... et justement dans son autre main trônait une faux à deux têtes couplée à une longue hampe augmentant sa portée. Xándros venait les offrir à Goldar, « émerveillé » par la rapidité de conception :

— À présent, tu n’es plus un Spirelien.

— Je le sais. J’en suis conscient. Maintenant j’y reste insensible.

— As-tu une famille ?

— Oui, mais eux aussi avec l’aide du temps... ces grains de sable libres ont été engloutis par la mer de la « communauté ». Pour faire simple, je ne leur manque pas et c’est réciproque.

— Tiens, apprends à te servir de tes armes, ce te sera utile.

— J’étais soldat fut un temps alors je n’ai pas besoin de ces conseils. Ce seront mon spectre du maléfice et ma faux du désespoir, avec eux j’invoquerai le malheur sur mes ennemis et leur trancherai l’espoir !

— Tu restes beaucoup trop exorable pour un antagoniste, te faire fléchir est simple. Si tu veux voir tes souhaits s’accomplir, il te faudra devenir beaucoup plus ferme, avec un caractère aussi dur que la pierre de cette falaise ! Mais plus tard, l’important est de s’en aller.

Il était vrai qu’à l’époque, Goldar ne semblait pas faire partie des plus monstrueux êtres, il n’y avait que la rage qui le maintenait. Cela, c’était à l’époque...

Xándros put prouver à Goldar ce qu’était la maîtrise du Néant : grâce à lui, en une fraction de seconde et un nuage enténébré, les deux équipiers se retrouvèrent au beau milieu de plaines en grande partie inconnues. Leur recherche débutait ici, car Xándros ne connaissait pas la localisation exacte du camp des rebelles autezards.

Tout ce qu’il leur fallait savoir était qu’ils se trouvaient au nord-ouest du continent Sir, qu’ils devaient cheminer jusqu’à la plage puis la longer en direction du nord, quelque part là-bas se trouvait le bon endroit.

Afin de ne pas trop se fatiguer en usant de la Magie, les deux alliés partirent à pied et, comme l’océan ne se trouvait qu’à dix kilomètres de leur position, en à peine plus d’une heure, ils atteignirent la plage.

Une pluie violente les surprit, à cet instant, Goldar comprit qu’il allait en baver pour se faire craindre de tous, lui, l’ex-Spirelien lâché dans ce monde nouveau avec ses maigres compétences en poche. Tandis que Goldar songeait en fixant l’océan démonté à sa gauche, Xándros brandit soudain son sceptre ! Le sable sous leurs pieds vibra avant qu’apparaisse un panache de fumée au loin. Pas d’autre choix que de poursuivre vers le nord, alors, ils s’approchèrent de la source fumante.

Tous les alentours se mirent à trembler, une ombre à l’intérieur de l’écran pâle vint comme à sortir du sol ! Goldar ne fut pourtant pas étonné, lui qui avait eu à combattre des monstres similaires dans ses années militaires. Une petite appréhension le rendait néanmoins discrètement pensif. Tandis que se distinguait la créature de la même couleur que la plage, Xándros parlait à l’exilé :

— Hum... un Auroch des Sables ? Je vois que je ne suis pas le seul à savoir suffisamment manier la Magie pour créer ces bêtes.

— Tu es capable de former des êtres par la Magie ? J’ai effectué de nombreuses expériences là-dessus, toutefois sans résultats probants. Mais à nous deux, nous arriverons assurément à quelque chose d’inédit !

La montagne de sable, présumé rempart de la cité rebelle, avançait à lente allure, mais droit contre eux, les cornes pointées à hauteur de Spirelien. Xándros appela alors les forces de la Magie de Plante pour les aider et une multitude de racines sortit depuis les entrailles de la terre, s’emparant des pattes de l’animal pour le bloquer. La créature vociféra un grand coup avant de se retrouver ligotée. Goldar, empoignant sa faux, se mit à sprinter sur elle.

Lancé à vive allure, son premier coup scinda l’une des pattes avant, mais très vite, elle reprit sa forme, animée par la Magie de Terre. Goldar dut alors éviter un coup de cornes et se retirer pendant que Xándros chargeait un globe de Néant. Le nouvel antagoniste essayant précipitamment de riposter, un coup violent le fit chuter sonné près de Xándros, lequel grâce à sa puissance sombre fit littéralement exploser le géant de sable en millions de poussières de silice.

Xándros aida Goldar à se remettre d’aplomb puis après une longue marche sur les sablons dorés apparut à l’horizon la silhouette d’une grande forteresse, ils étaient arrivés...

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