Bélézia II

Renaissance Maudite

Chapitre 1

La Sanctification

Je me tenais là devant l’embarcadère du port, c'était l'aube sur Artès, une douce brise me caressait le visage. Et devant l'aura éblouissante du soleil qui se reflétait à l'océan, j'étais pensif. Aujourd'hui était pour moi comme pour Claire et les autres un jour spécial, le genre de jour qui vous remonte dans les tripes, vous parcoure les veines et vous arrache le cœur de culpabilité, vous faisant vomir toute l'infamie de votre corps, un jour de deuil qui devient une journée de déshonneur pour son responsable. Cette journée là... Une main délicate toucha mon épaule mais j’eus l’impression qu’elle me comprimait, Claire avait les yeux rivés sur l'océan, elle ne disait mot, elle était comme absorbée par ses pensées. Je tournai lentement ma tête vers la sienne, une larme chaude due au souvenir coulait sur sa joue, elle exprimait également un rictus de fatalité, ne sais-je si ce petit geste dévastateur était-il accusateur de mon acte ou juste qu'elle implorait le retour de notre amie... Je me risquai à lui adresser la parole, maladroitement :
-Chérie, Je... 
-Laisse-moi, s'il te plaît... s'il te plaît...

Je ne bronchais pas, je tournais le dos à l'immensité bleue de l'océan et je remontais le petit chemin de pavés en direction de la maison. Dans moins d'une heure, le bateau arrivera et l'on devra rejoindre le continent Sir. Songeais-je, devoir revenir à Spirès... Je rentrai et montai dans la chambre, je m'assis alors sur le lit de la chambre et commençais à fouiller parmi les dossiers dans la table de nuit, retrouvant les passeports inutilisés et dans la paperasse, dénichant entre deux cartes postales que m'avaient envoyé Adam et Valka, cette photo que j'avais toujours gardée près de moi, où l'on figurait tous. Je nous y voyais vraiment jeunes alors qu'une seule année nous en séparait. Je trouvai aussi un registre que j'avais fait faire en arrivant ici étant donné que je ne connaissais pas mon âge précis. Officiellement, je suis né le même jour que Claire, officiellement j'ai 16 ans.         
J'entendis ouvrir la porte, Claire rentrait alors je saisis les passeports et la photo et redescendis dans le salon. Elle me sembla encore profondément bouleversée, elle s'affala sur le fauteuil. Je m'assis à côté et la pris dans mes bras pour tenter de la réconforter, de là, un dépit monstrueux m'envahit et me ravit la parole, je me sentais à la fois impuissant et coupable... cette heure qui nous séparait de cette traversée fut bien longue et pénible, tant de souvenirs nous revenaient en tête ! Or, le temps a toujours possédé le monde, il est inévitable, on ne peut le fuir, il nous rattrape, et l'heure fatidique du départ finit par arriver. Il était temps...

On arriva au port dans le silence, le bateau tout juste amarré dormait le flanc contre le béton. Près de là, une foule de passagers sortit du café juste en face, le "Loup-Bar" qu'il s'appelle, et envahirent les quais. D'un coup, le silence de marbre qui régnait en ce lieu il y avait à peine cinq minutes s'était rompu. Maintenant, les dockers s'attelaient à vérifier les conteneurs de provisions et de matériaux au milieu des gens pressés, des matelots qui contrôlaient leurs passeports et de l'oppressant crachat de fumée du paquebot et des caravelles modernes, la ville s'était à présent éveillée...  
On parvint finalement à trouver au quai numéro six notre transport blindé pour l'autre terre. Sur la coque toute neuve était écrit en immenses lettres capitales : Trans-Maritime. On présenta nos passeports et on accéda au pont, il me semblait énorme... Et dire que nous étions arrivés à Artès l'année dernière avec un genre de "goélette" servant au rapatriement des soldats blessés et mutilés, qui criaient misère au monde pour qu'on les achève ! Il y avait eu une énorme poussée technologique entre temps... Je pris la peine d'interroger une dame du personnel pour lui demander la durée que prendrait la traversée, j'obtiens en réponse :         
-22h monsieur, nous offrons le service le plus rapide du monde à notre aimable clientèle !    
En réfléchissant, je finis par calculer que 22h, c’était vraiment un temps record pour parcourir 900km, nous ayant butés des jours contre les vagues avant d’atterrir à Artès. Les matelots défirent l'amarre, ça y était, nous étions enfin en route, on prit un peu de temps pour découvrir ce mastodonte d'acier, d'abord nos chambres, même si nous n'allions pas y dormir. Idéalement, cela restait un petit coin d'intimité. On parcourut ensuite les énormes couloirs, ressemblant presque à de petites rues vu leurs longueurs et leur nombre, on s'y perdait volontiers. On finit néanmoins par accéder au réfectoire d'où l'on admira le continent une dernière fois par la grande baie-vitrée, il était maintenant loin, masqué par la brume, il semblait s'échapper... 
On inspecta les tables, toute cette argenterie et cette orfèvrerie, ce devait coûter une sacrée fortune ! Cela me refit penser au périple de l'an dernier : nous, des couverts, on n’en avait pas... Claire me suggéra ensuite que l'on remonte sur le pont prendre l'air.     
À l'air libre, on se sentait mieux, on tentait de s'évader main dans la main les yeux perdus dans la brume matinale, oublier, ne serait-ce qu'un instant, oublier notre passé, se vider l'esprit pour se soulager, et on patienta ainsi devant le tumulte des vagues... Je mis un certain temps à me rendre compte que, juste à côté de nous, un enfant pleurait. J'avais cogné sans le faire exprès en errant, perdu dans mes pensées, un petit jouet qui semblait lui appartenir, la batterie était tombée, je la remis en place et je m'agenouillai à sa hauteur :   .
-Tiens, voilà, ça fonctionne à nouveau, regarde... Allez, va retrouver ta maman...          
Je me relevai, ma chérie me regardait, elle pencha un petit peu la tête vers moi et dit d'un ton plaisant et légèrement révélateur :
-Chaton, tu ferais un bon père, tu le sais ? Enfin, moi je le pense...
-Chaton ? C'est nouveau ?
Et elle retourna la tête vers l'océan, sans vraiment me répondre. Elle était contente et qu'elle le soit me suffisait. Il n'y avait rien d'autre à ajouter, on était bien, nul besoin de se parler, juste de contempler l'horizon.      
On resta peut-être une demi-heure, peut-être une heure entière, je l'ignore. On rentra ensuite dans notre appartement journalier, on y passa le restant de la matinée en lisant les livres de l'étagère ou en se parlant, après on remonta au réfectoire. C'était l'heure du repas, on prit la table 21 d'où l'on avait une vue imprenable sur le pont et la mer, le tout accompagné d'une délicieuse salade césar et d'un bon steak de Réquim, suivi de fraises avec de la chantilly qu'on mangea ensembles.   
C'était maintenant l'après-midi, on digéra un peu, il ne nous restait plus que quelques temps de traversée. Sur le pont à tribord se trouvait un grand jardin, ou un atrium, il était haut et totalement vitré en plus. Plein d'espèces différentes de fleurs de toutes couleurs vivaient en harmonie, on s'installait et on s'enlaçait sur un banc de bois placé le long du jardin... de tout ce temps passé on avait négligé de regarder l'heure, le commandant annonça par haut-parleur :          
-Arrivée à Sice dans une heure !  
Au moins le voyage était expéditif, alors on rentra dans nos appartements afin d'y passer le temps restant qui nous sembla un tantinet plus long une fois les valises prêtes. On comptait faire un arrêt à la capitale Sirroise pour récupérer des costumes que Clen, résidant également à Sice, nous avait fait broder. De toute façon, il fallait qu'on le récupère, et aussi Valka au passage...  
Nous débarquâmes enfin dans la grande ville devenue presque fantomatique et on se dirigea vers le magasin au bord de la plage, nos habits étaient prêts alors on se changea mais il y eut un problème à la caisse...         
-Mais ce n'est pas le prix indiqué sur les costumes, vous faîtes erreur !    
Le caissier me regarda d'un œil noir, et rétorqua, avide d’argent :
-Tu crois que je ne t'ai pas reconnu, sale petit voleur ? J'ai la mémoire infaillible... l'année dernière...           
Mince, j'avais complètement oublié ! Le survivant, c'était lui ! Il me força à lui rembourser son dû, monde sauvé ne comptant pas. J’étais nerveux, Claire se mit à me bouder, ce qui fit qu’en remontant dans le centre-ville on ne dit rien. Je regardais le petit papier que Clen nous avait posté à Artès, l'adresse était la suivante : « 55 Rue-Haute, Sice ». Par chance, cette rue qui donnait sur la falaise était la seule que je connaissais. Esther... On s'y rendit donc, je fus dans l'obligation d'expliquer pourquoi j'avais été impliqué dans un vol, je lui jurai presque à genoux que je ne recommencerai jamais mais de toute façon que ce soit elle finira par ne plus me faire la tronche avec le temps.          
Je tintai la petite clochette devant la maison de Clen, elle causait un bruit assourdissant lorsqu'on était juste à côté. Le temps qu'il nous ouvre nous laissa à peine le temps de nous remettre du fracas de la sonnette :      
-Baalest, Claire !      
Il nous prit dans les bras, s'ensuivit une grande embrassade digne de retrouvailles :   
-Oh, cela me fait tant plaisir, merci d'être venus ! Je vous offre un verre à boire, Val est dans le salon, il vous attend.
On rallia le salon, Valka se retourna et vint à notre rencontre avec un large sourire. Il me semblait avoir changé, non pas physiquement mais mentalement, il paraissait s'être débloqué de toutes ces pensées négatives qu'il avait accumulé depuis la mort de sa petite amie, avant que je ne le rencontre pour la première fois, et celle d'Esther, dernière en date, qui l'avait presque autant touché...    
Il n'était pas heureux, on ne peut pas être vraiment content un jour comme celui-là mais il était... plus épanoui qu'à l'époque, c'est le juste mot.         
On prit un verre de Sirop de Rubellite tous les quatre puis comme ils étaient déjà prêts, on traversa le palier dans l'autre sens pour sortir, Clen ferma la porte à clef et on commença à descendre la ville en direction du port. À l'approche du Trans-M, qui devait finir son parcours à Spirès le ton se fit plus solennel, une sensation oppressante se mit à emplir nos cœurs, cette étreinte que je portais en moi ce matin revient me ravir la parole, et on ne dit mot en attendant le départ. 
Une fois remonté sur le paquebot, Clen souhaita que l'on fasse une minute de silence, on s'y appliqua vigoureusement, puis on se mit à regarder la mer d'où le soleil déclinant orchestrait majestueusement un ballet de reflets aux couleurs splendides et chatoyantes. Parmi le scintillement, on entraperçut des dauphins et des espadons, une chose rare, presque improbable qui en plus me fit ressentir quelque chose ou quelqu'un et me fit réfléchir : elle devait peut-être nous voir de là où elle était, depuis son Arbre, elle voulait peut-être nous montrer qu'elle n’était pas totalement éteinte, qu'elle veillait, là, quelque part, sur nos âmes, qu'elle était parmi nous et qu'elle avait peur de rester trop seule. Ou alors s’agissait-il de quelqu’un d’autre ?        
Je finis par me perdre dans mes pensées, pendant quelques minutes je m'étais évadé, je me voyais fantaisiste, utopique, je rêvais presque, mon esprit flottait entre ciel et terre, oubliant les méandres de la vie, j'étais seul, et j'ondoyais...
Ce fut Claire qui me ramena à la dure réalité en me tapotant sur l'épaule, on était à présent presque arrivés, on s'engouffrait dans la baie qui avoisinait Spirès. Impossible de faire marche arrière.          
On arriva à quai dans le quart d'heure qui suit. On descendit sur le port, fermés comme des portes de prison, il fallait traverser un petit sentier sur cinq-cents mètres pour accéder au centre-ville, j'en profitai pour demander à Valka qui marchait à côté de moi :
-Adam et Mélora ? 
-Ils nous attendent au Sanctuaire.           
On aboutit dans la rue où réside Adam, d'où on pouvait rapidement accéder au lieu de cérémonie que nous venions voir, on marcha un peu, toujours dans un silence de marbre jusqu'à atterrir sur une petite placette. On vit enfin le lieu de culte, l'idée qu'elle se situât juste à quelques mètres me fit frémir d'angoisse, on pénétra dans la chapelle.           
Il n'y avait pas énormément de monde, une trentaine de personnes tout au plus en comptant nos deux amis. Ils se tenaient au premier rang, la tête baissée, ils me semblaient prier quand on arriva à leurs côtés. Avec Claire, nous nous assîmes à côté de la petite, ses longs et épais cheveux bruns masquaient son visage. Je serrai brièvement la main d'Adam puis on baissa la tête pour exécuter une prière à notre tour, le prêtre sortit du déambulatoire et s'installa dans le chœur du Sanctuaire.           
Il se mit à parler, d'abord en Néo-Spirelien, il énonça son nom complet, parla brièvement de son dévouement envers la nation, puis il commença à réciter un long passage de l'Archange, non pas en notre langue mais dans un charabia incompréhensible à mes yeux. Adam avait lui aussi apporté un exemplaire de cet Archange, j'inspectai les caractères, ils étaient identiques à ceux retrouvés dans la Grotte des Requiems, j'en déduis donc que ce devait être du spirelien... 
On observa une minute de silence, pour son repos éternel, puis le prêtre nous invita à nous lever tandis que de jeunes enfants nous distribuaient des partitions de chant cérémonial. Le grand orgue retentit alors on s’exécuta. Certains d'entre nous se mirent à chanter de cœur, surtout Adam et Clen à haute voix qui avaient l'habitude avec leurs expériences militaires d'assister à des cérémonies d'enterrement post-funèbre comme celle-ci, mais Valka venait d'étrangement se fermer, plus que d'habitude et bien plus qu’une huître faisandée, cela devait lui rappeler de nouveau la mort de sa moitié. Mélora restait renfermée sur elle-même, le visage hors d’atteinte et Claire faisait de même.     
Et moi ? J'aurais bien voulu chanter mais je ne connaissais pas les paroles et les émotions que je retenais venaient me fusiller la gorge, me rendant totalement muet.
Le Sacrement dura 2h30, mais juste avant de quitter l'église, le prêtre, comme on était les personnes les plus proches d'Esther, nous demanda de déposer des roses sur son corps, histoire de lui dire adieu. Elle ne devait plus avoir beaucoup de Magie de Lumière en elle, en effet elle se blanchissait et des raideurs cadavériques s’emparaient à un très lent rythme d’elle. L’odeur était neutre, la Magie de ce point de vue aidait et je pensais qu’on devrait savoir réanimer les gens... Hélas.           
On se trouvait donc tous à côté du cercueil, Mélora posa les fleurs sans pouvoir la regarder, on était tous figés, comme emmurés dans un silence profond, les autres posèrent leurs roses à leur tour, puis ce fut moi, en dernier, qui exécutais mon acte. Je la regardai, observant attentivement, elle avait un teint si pâle... et elle portait également une tenue immaculée d'un blanc sacré, tulle et dentelles enchevêtrées, que je fus contraint de lui enfiler peu après sa mort, de retour à Spirès. Vint alors le moment de lui dire adieu, et sentant les autres inaptes à tenir un discours je pris la parole brièvement pour expliquer aux personnes du Sanctuaire ce qu'elle avait faite pour la nation ainsi que son mérite. Je me remémorais donc le périple, se gentillesse, mais je ne puis mettre de mots sur l’acte en lui-même. À la place je baissai les yeux, coupable et Claire me prit la main. Ainsi s'achevait le sacrement pour cette journée. Adieu, notre amie. 
On sortit du sanctuaire, la tête aussi basse que le soleil couchant qui éclairait l'étendue de verdure en luisant de son éclat orangé, il donnait dans nos cœurs si instables à cet instant, un léger réconfort.   
Mélora ne disait pas un mot, toujours abattue, elle semblait vouloir se protéger, emmitouflée dans ses longs cheveux ondulants aux reflets cuivrés. Je tentai de lui parler, délicatement, toujours avec tact, mais je n'y parvenais pas, mes mots ne suffisaient pas alors on continua de marcher jusqu'à un petit banc de pierre sous un Printanier en fleurs. En regardant l'horizon je me mis soudain à réfléchir. Je pressentais quelque chose, quelque chose clochait, quelque chose de néfaste. Et s'il était encore de ce monde, lui, Goldar, s'il n'était pas mort ? Pourtant, j'en étais certain, j'eus senti la peur dans ses yeux lorsqu'il fut décapité. J'ignorais la raison pour laquelle je pensais à ce Bouffon, peut-être le fait de me souvenir car je venais de revoir mon amie défunte, peut-être souhaitait-elle nous avertir de quelque chose... peut-être que sa haine à mon égard que je peinais à comprendre le poussait à...     
Adam commença à rentrer avec les autres, il leur montrait l'hôtel qu'il nous avait payé pour cette nuit, je restais un petit peu assis sur le banc, à ruminer dans ma tête, il y avait une chose qui ne tournait pas rond mais je n'arrivais pas à discerner l'exactitude de mes pensées, je finis par me lever pour rejoindre les autres. Leur présence était réconfortante.
On était sur le soir, le soleil avait totalement décliné et le ciel était à présent bleu-marine. On soupait dehors illuminés par les lanternes du jardin d'Adam et la bonne odeur de fumé que dégageait la viande sur le barbecue qu'il était en train de nous concocter.
Justement, voyant que je sombrais une fois de plus dans mes tortueuses pensées, il m'interpella pour me demander de venir à côté de lui, je m’exécutai. Il tenta alors de faire changer le sujet de conversation pour rester optimiste, mais cela devint de plus en plus difficile :  
-Baalest, t'as regardé le jardin, c'est joli, non ? Tu sais qui en est l'auteur ?           
-Toi ? Je présume...
-Non. Ta petite protégée, et tu sais, elle est devenue quelqu'un de bien grâce à toi...    
-Elle est abattue et je ne peux rien faire pour la consoler.
-Elle est jeune, elle s'en remettra avec le temps, j'espère, malheureusement l'année dernière elle déprima deux fois... cela étant dit, c'est dommage, car à l'origine, elle est joviale.
-Deux fois ? Je sais que pour elle, la mort d'Esther fut d'autant plus difficile à accepter que pour nous, mais que s'est-il passé d'autre durant l'année dernière         
-(Je n’y arrive pas ! Il faut que ça sorte !) Claire et toi ! Oui, parfaitement.       
-Nous ? Mais on...  
-Sympa de l’avoir abandonné !    
-C’est faux !  
-Pas une seule lettre pour elle, ingrat !  
-Je... (j’ai oublié...)     
-Pourquoi êtes-vous partis, avec Claire, vous étiez ses seuls repères, et vous l'avez laissée, au plus mauvais moment ! J'ai dû me saigner aux quatre veines pour, ne serait-ce, que lui redonner simplement le goût de vivre, de manger, ou de sourire, et toi, tu coulais des jours paisibles à mille bornes d'ici. Tu ne trouves pas normal qu'elle t'en veuille un petit peu ? À sa place, je t'en aurais mis des tartes et ce n'est pas l'envie qui m'en manque... mais il n'y a qu'elle qui décidera de te pardonner, ou pas...    
-Mais Adam, je... laisse-moi t'expliquer...         
-C'est à Mélora que tu dois rendre des comptes, pas à moi ! L’amour c’est bien joli, mais ça rend aveugle, visiblement ! Oh, ne t'en fais pas, tu seras toujours une bonne personne, on est amis et je te donne simplement mon avis. Mais si tu fais un faux pas avec elle et qu'il arrive un drame quelconque, crois-moi, c'est l'ami qui te parle, je ne te raterai pas au tournant de la falaise d'accord ? Maintenant, va t'asseoir, c'est bientôt prêt ! On n'en parle plus, de toute façon, je ne veux pas en reparler.      
Je retournais à la table, désolé et consterné, et je fixais les fleurs épanouies simplement pour ne pas affronter le regard sévère d'Adam qui s’était remis à blaguer avec Clen.  
Le repas se poursuivit dans le silence, on mangea les grillades dans le calme le plus total, mais une fois le dessert terminé, je tentai délicatement de demander à Mélora de discuter avec moi, seule à seul.
Elle accepta, mais tout de même avec une grande déficience et les yeux plaqués au sol. On s'installa au fond du jardin, éclairés par une lampe d'extérieur, juste à côté des plantes qu'elle avait fait pousser, j’essayai de lui faire changer de sujet :  
-Elles sont jolies ces fleurs, tu les toutes faîtes pousser toi-même ?
-... Bof, il n'y en a pas beaucoup...          
-Pas grave, je te félicite quand-même et je...     
-Arrête de me parler d'autre chose, Baal ! Je t'ai entendu parler avec Adam : pourquoi ? Pourquoi aviez-vous voulu partir sans nous, des vacances ? Tu parles... on est bien tranquilles sans la Mélora !       
-Ce n’est pas ça ! Et puis cela ne regarde que Claire et moi. Tu souhaitais partir de Sir toi aussi ?     
-À ton avis... avec toutes les horreurs que j’aie vu, bien sûr, mais la question que je veux vraiment te poser c'est : "Pourquoi n'êtes-vous pas REVENUS de tout ce temps ?". Les lettres, c'est bien, même si elles s’adressent à tous et m’oublient un peu ou me fichent en paratexte, mais ça ne remplace pas une personne...   
-Tu as raison, je suis désolé, excuse-moi...       
-Bon ça va maintenant, il est tard et je n’ai pas envie de me fâcher... je pense à Esther tout le temps. Vous devriez aller à l'hôtel pour être en forme demain, votre traversée a dû être longue je présume ? Exprima-t-elle, involontairement cassante.
On salua promptement Adam et Mélora avec Claire, Clen et Valka puis on emprunta le petit portail et on traversa la grande rue illuminée d'un jaune pâle que fournissaient les lampadaires. Claire me demanda si tout allait bien, elle n'avait pas réellement entendu ma conversation avec Adam, elle était à l'autre bout de la table et discutait avec Clen ou Val.
On arriva devant l'Espagon, un hôtel simple mais tout de même assez confortable, on avait des chambres séparées, Claire et moi dans l'une, Valka et Clen dans l'autre mais même de cette façon nos envies restaient au placard ! On n’avait franchement ni la tête ni la présence d'esprit de faire quoi que ce soit donc on se coucha juste après avoir pris une douche.           
Nuit blanchâtre. On se réveilla assez tôt le lendemain, nous avions passé une sorgue atroce ! Non, ce n'était pas le lit, il était très confortable, c'était plutôt nous le problème... impossible de fermer l’œil !           
On s'habilla et après s'être débarbouillés, on quitta la chambrée pour réveiller Valka, Clen était déjà sorti. On le rejoignit sur la terrasse à l'extérieur.         
Une fois que Valka nous eut ralliés, on prit un petit café bien corsé qui nous arracha la moitié de l’œsophage. Il n'était que 12 heures du matin, on parla un peu de ce que l'on avait fait durant l'année, Valka nous raconta qu'il avait dû reprendre des cours de guitare pour finalement retrouver un niveau meilleur qu'auparavant. Clen quant à lui souhaitait un métier qui s'écarte le plus possible de la guerre et du sang : il avait donc passé trois mois en tant qu'ébéniste mais l'entreprise avait fermée, les commandes sur Sir étant trop peu nombreuses depuis l'année dernière, il avait ensuite trouvé un poste de remplaçant en boulangerie durant cinq mois et il exerçait dernièrement le métier d'animateur de camp de vacances, quoique non, il l'exerçait toujours mais il avait pris ces deux jours pour assister à la Sanctification d'Esther. Il nous interrogea Claire et moi par la suite, nous on vivait dans un manoir en pierre blanche en-haut de la jetée d’Artès, grâce à la prime de risque que chacun de nous sept, enfin six, recevions chaque mois. On ne faisait que louer la maison probablement hantée dans laquelle nous vivions actuellement mais c’était amplement suffisant. Claire avait eu un peu de temps et avait tenu quelques mois la caisse de l’épicerie de la rue.          
Une fois notre petit déjeuner avalé, Clen se leva pour régler l'addition avec l’argent que j’avais laissé sur la table pendant que nous nous rincions les mains. Clen fit ensuite de même puis on se dirigea envers la baraque d'Adam à pied, tous les quatre. L'air était frais, Claire avait son coude enlacé contre le mien et Val regardait les boutiques où le croisement des pains et des charcuteries donnait une subtile odeur qui lui faisait se lécher les babines. Finalement, on arriva chez notre ami vers 13 heures l'esprit serein, Clen toqua doucement.  
Adam ouvrit discrètement en nous indiquant que la petite dormait encore, de toute façon, il restait douze heures avant la seconde partie de la Sanctification d'Esther, son inhumation définitive. Après, on devrait sûrement reposer Clen et Valka qui avaient du boulot sur Sice le lendemain puis rentrer à la maison, cependant Claire m'interrogea sur le fait que l'on pouvait également rester à Spirès une petite semaine, cela ferait plaisir à Mélora et Adam qu’elle me rappela également. Elle ajouta par-dessus que le continent Sir vivait dans la paix depuis un an et qu'il n'y avait rien à redouter en restant un peu ici.
Adam devait retourner chez le fleuriste alors il me demanda de l'accompagner, on ressortit tous les deux en direction du centre-ville, on discuta sur le trajet : 
-Baalest...
-Je t'écoute...
-Je me demande comment... Comment vous vivez avec Claire sur l'autre continent ? Tu sais, la vie, les gens et tout ça, il y avait assez peu de détails à ce sujet dans les lettres que tu m'as postées...
-Les pages sont petites et les détails nombreux... Ezcard est un joli continent, tout comme Sir, les gens sont tout aussi épanouis à Artès qu'à Spirès, après, nous ne sommes pas allés au-delà de la région où je vis avec Claire. Tout compte fait, la vie y est similaire à celle que tu vis, à part le ciel qui est gris un jour sur deux. Tu croyais que ce serait si différent ?          
-Je ne sais pas, je suis de nature sédentaire, je pensais qu'il y aurait des cultures différentes, voire une autre langue régionale méconnue sur d'autres continents. Je me suis trompé...  
-Tu es toujours aussi avide de culture à ce que je vois ! Non, pas tellement, c'est juste que je n'ai pas approché tant que ça des gens, pour moi ils sont normaux... Tu sais quoi ? Tu passeras à la maison un de ces quatre, comme ça tu pourras venir voir tout ça de tes propres yeux, tu viendras avec Mélora.    
-D'accord, disons... d'ici trois, quatre semaines, ça te convient ? Là j’ai une mission de déblayement des rues, c’est toujours ça de pris. Comme je suis en congé, il faut bien que je fasse autre chose en attendant.           
-Tu passes quand tu veux... ah je crois que l'on arrive...
-C'est ici, en effet.   
Le soleil ne s'était pas encore levé que les fleurs illuminaient déjà la devanture de ce magasin coloré où l'on mettait pied, à l'intérieur, les effluves des roses donnaient un côté chatoyant à ce coin de verdure urbain. Sur le comptoir était disposée une gamme polyvalente de parfums et d'extraits naturels de tout type de flore. Adam scrutait parmi les rayons lorsqu’une demoiselle charmante se présenta comme la vendeuse et me demanda poliment :     
-Vous cherchez des roses ? Pour un anniversaire, nous avons celles-ci et pour un mariage, celles-là, vous fêtez peut-être un amour naissant ?       
-Non, plutôt enterrement, commémoration.     
-Ah... je vois... je n’aurais peut-être pas dû poser...    
-Ce n'est rien, mon ami et moi cherchons des roses mais nous ne sommes pas vraiment sûrs de celles qu'il faudrait prendre...
-D'accord... quel âge avait cette pauvre personne ?    
-15 ans, et demi.      
-C'est jeune ! j'en suis navrée. Dans ce cas, je vous conseille des roses blanches plutôt que des rouges.           
Adam choisit le plus joli bouquet, on l'acheta avec une remise de 50%... de peine assurément, puis on repartit. Mon ami était un petit peu gêné, il balança quelques mots dans le vent :         
-Ça me fait presque de la peine, on lui a sapé le moral à cette personne...
On retourna chez lui puis il nous servit un café plus corsé que le premier avec deux morceaux de sucre, puis on parla en attendant que Mélora se réveille, ensuite il partit prendre une douche pendant qu'elle déjeunait. Elle semblait fatiguée et de satanées cernes lui pendaient des soupiraux : le sommeil avait dû tarder à lui venir. Une fois que notre ami fut sorti propre et préparé, Mélora monta à son tour, Claire remplit un vase où elle introduisit les fleurs pour qu'elles tiennent sans faner pendant encore sept heures. On regarda ensuite cette espèce d'objet, de petite boîte grise comme je l'avais nommé l'année dernière, le premier jour de mon arrivée sur Bélézia : la « télévision » me dit Adam : elle en était à ses débuts et c'était seulement à Spirès que l'on pouvait la capter, six heures dans une journée et une seule chaîne pour nous divertir. La radio quant à elle se diffusait plus rapidement car depuis la guerre de 2314, on l'avait même à Artès. Les heures s'écoulèrent finalement assez vite, ponctuées de publicités, de théâtre filmé et de quelques séries romancées dont j’oubliai les noms.     
Vingt-quatre heure cinquante retentirent sur la montre d'Adam, montre qu'il n'avait pas changé malgré toutes les rayures faites sur le cadran pendant l'ancien périple, c'était un peu comme son objet fétiche, son porte-bonheur qu’il n'enlevait que très rarement. On sortit pour prendre la direction du nord de la ville, dans un grand champ qui sentait bon la Printe. On gravit une petite pente en arrivant dans un lieu cette fois bien plus aride, Mélora traîna la patte mais on accéda bien au lieu d'inhumation. L'air était doux mais se leva un vent glacial qui me fit trembloter pendant quelques instants, comme un mauvais augure. On s'approcha davantage, il y avait le curé, deux autres personnes avec des pelles qui me firent frémir et non plus une trentaine de personnes mais quatre : le lieu de repos d'Esther était assez loin et les gens travaillaient ce jour-ci. Derrière ce petit monde se statuait l'ancestral Printanier de le Colline de Spirès.           
On salua brièvement et en silence les autres personnes qui passèrent puis nous prîmes place à notre tour sous le zénith du soleil et l’on attendit. Les minutes nous parurent longues et insoutenables, Mélora était triste tout comme la veille et on avait du mal à lui expliquer qu'il fallait malheureusement tourner la page. Enfin, au bout d'un quart d'heure, on aperçut au loin le cortège funéraire qui arrivait, six personnes tenaient le cercueil rayonnant de blancheur à cause du soleil, on patienta un petit peu jusqu'à leur venue. Le religieux nous convia soudainement et récita un autre passage de l'Archange qui traitait sur l'Arbre de Vie, ensuite le cortège accrocha le cercueil à quatre câbles et les deux croque-morts le firent descendre dans le trou prévu à cet effet par un système de poulie. Le curé nous appela tous les six et on se pencha au-dessus du trou, on prit chacun plusieurs roses et on les jeta sur le tombeau, Mélora fondit en larmes à cet instant alors Claire partit la réconforter, enfin je livrai une poignée de terre dans le trou, comprenant que l’histoire de mon amie s’achevait là. On recula tous.         
Des paroles, à nouveau en spirelien, furent prononcées, Valka, morne et connaisseur de la formule, traduisit par : "Ce qu'est à la terre doit être rendu à la terre, ainsi, poussière redevient poussière". Les pelles débutèrent leur travail, on regarda une ultime fois la blancheur du cercueil avant que celle-ci ne disparaisse sous la terre foncée. En dix minutes, tout était fini, le cortège plantait la croix isométrique de marbre, gravée de son identité et de sa photo copiée à partir de celle de l'an d'avant puis les gens repartirent, suivis de peu par le curé, les six transporteurs et les croque-morts qui redescendirent en direction de la ville. On resta cinq minutes supplémentaires puis Adam fit demi-tour avec les autres, il m'interpella, je lui rétorquai que je les rejoignais d'ici deux minutes.       
Je fis un tour autour de l'arbre, à l'ombre, je mangeais une Printe au passage puis je scrutais l'horizon, Spirès en contrebas dans la plaine et de l'autre côté, j'apercevais un grand rocher. Je réfléchis un instant et me rendis compte que ce rocher était celui sur lequel j'avais atterri la toute première fois, le lieu de ma naissance... et ce long chemin sur lequel j'avais perdu connaissance, j'en restais nostalgique un instant.           
J'allais repartir lorsqu’une rafale gelée me fit tressaillir, je me retournai brusquement, l'air se condensa et forma un nuage noir, je n'avais rien pour me défendre mis à part un bâton à côté de moi, je le saisis promptement. Le nuage noir vira au bleu marine puis au bleu patenté avant qu'une main s'en extirpe, puis deux, puis un corps entier et tremblant de fureur se dressa face à moi !      
Il avait une longue cape... quoi ?! Non, impossible !!! ...pas lui !!!
-Baalest... sale petit vaurien...      
- ???   
-Tu demeures surpris et paralysé à l'idée que je revienne d'outre-tombe pour venir chercher mon dû ?           
-Imitation monstrueuse, hors de ma vue !!! Beuglai-je effrayé.        
-Oh ? Voilà donc, elle est enterrée la "vierge constipée" ! Comme j'adore la profanation, et comme je vais souiller ta chienne de vie.
-Homoncule risible, tu n'es pas Goldar !           
-Tu es plus crétin que je ne le pensais, bien sûr que je suis Goldar, sinon, comment aurais-je toutes les cicatrices que tu m'as causées ?!! 
J’étais consterné. Goldar montra fièrement la balafre qui entourait son cou...      
-...
-Quoi !!! Tu ne sais plus quoi dire ? Béléziens, tous les mêmes, une infime enveloppe de bravoure recouvrant un corps entier de lâcheté. Aujourd'hui je vais me venger de toi, Baalest !!!
-Antagoniste du parjure... tu n'éprouves donc aucune honte à blasphémer ce lieu de jachère ?? Avec ou sans épée, je ne me laisserai pas faire !  
Il courut droit contre moi, je triomphai très difficilement d'une esquive tant les émotions mêlées de rage me troublèrent. Je me retournai et frappai avec le bâton, il fit une parade et le brisa comme une brindille, les yeux comme exsangues. Je reculai d'un pas, suffoquant, pour me baisser afin d'éviter un coup de poing. Arrachant une printe et la lui balançant à la figure, il dut se décaler, je pus en profiter pour le frapper, il vacilla légèrement et fit un bond pour avorter ma seconde attaque.   
-Sais-tu pourquoi je te hais autant ?       
-Je ne veux pas le savoir ! 
-Parce que tu as tout ce que je n’ai pas, parce que tu m’as pris tout ce que j’avais et parce que tu me voles tout ce que je devrais avoir ! Veux-tu savoir ce qu’il y a par-delà la mort ? Déchéance, solitude et néant ! Rien qu’un infini impalpable
-Disparais... disparais !!!   
-Mon visage te fait peur, Baalest ? Tu ne le trouves pas assez gracieux ? C’est toi qui l’a taillé ! De toute façon, pour un sale cabot qui a le pouvoir, l’amour, l’argent et une belle gueule, et qui de plus ne pense qu’à me faire renier de tout, quelle importance ai-je ?? On va avoir la même gueule dans pas longtemps !! 
Il se risqua à vouloir me briser le nez, je parvins à le berner d'une fausse esquive sur la droite pour me déporter sur la gauche, je réussis à le saisir d’un réflexe de survie par la gorge avant de serrer de toutes mes forces.   
Il essaya de se dégager pendant dix secondes où je tenais fermement, impossible de lui causer la moindre douleur. Je n’arrivai pas à l’enlever, il était collé à ma peau ! Pourtant il disparut via son nuage noir. Il le décida de lui-même. Pourquoi ?

Je repris mes esprits, je ne comprenais encore que peu ce qu'il venait de se passer, je m'assis une minute, abasourdi, la bouche tremblante, les poings indécollables, criblé par la tension. Heureusement réveillé par le souffle glacial du vent, je me relevai et me rendis faiblement devant la croix d'Esther :
-(Je suis désolé... je ne voulais pas profaner ce lieu...)           
Contemplant en direction de Spirès, les amis étaient revenus sur leurs pas, je les voyais arriver de loin, Adam accourait rapidement vers moi et finit par me rejoindre bien avant les autres :   
-Hé mec, ça va ? T’as pas l'air en forme...          
-Je... je s...     
-Ne dis rien, tu veux que l'on s’assoie sur le rocher là-bas ?
-Il... il est revenu !   
-Qui ?
-Lui, Goldar, il était là il y a à peine une minute ! Que m’arrive-t-il ?        
-Impossible. Je crois que tu te sens pas très bien, on va s'installer. C'est des souvenirs, il n'était pas là...           
-Comment aurais-je une touffe de ses cheveux dans la main, alors ?          Je me suis accroché à lui pour survivre !      
-Fais voir... Ah ?!? ... Ah oui, on dirait bien les siens, c'est exactement sa couleur...        
-Tout est à refaire, hein ? Je ne veux rien refaire, rien, strictement rien !!   
Les autres nous rallièrent, Adam et Claire me relevèrent puis ils m'écoutèrent raconter ce qui venait de se passer, tout le monde était sidéré, ils avaient du mal à me croire même s’ils savaient que je ne leur mentirai pas sur un sujet aussi gravissime. Adam nous proposa de redescendre en ville, il avait la plupart de nos armes dans sa cave, sauf la mienne et les sphères de Claire qui étaient entreposées à la maison. Assez rapidement, nous arrivâmes chez notre compère qui récupéra sa lance effigiée à l'Anarchia, Clen retrouva l'épée de purification qu'il avait subtilisé en assommant un juge de Goldar, Mélora ne prit que la dague trouvée au Repaire Autezard parmi tous ses trophées de guerre, Valka quant à lui ne reprit pas son ancre qui était trop lourde pour être maniée correctement. Clen proposa alors à ceux qui n'avait pas d'arme de courir à l'armurerie pour en dénicher une, y compris moi. On avait l’impression que ça allait péter dans pas longtemps, mais pourtant je me doutais qu’il n’avait plus rien, qu’il était détruit de chez détruit, et donc qu’il ne pouvait rien faire. Son arme n’était une affreuse peur. Je devais garder cela à l’esprit.    
29h00, nous foulâmes la devanture de l'armurerie, on y pénétra. Il y avait une multitude d'armes, beaucoup plus que l'année dernière, il se trouvait à notre droite les traditionnelles d'où Valka dénicha une faux au manche d'Aquaws surmontée d'une lame d'acier recouverte d'or. Il se tenait à notre gauche d'autres armes plus, comment dire, sophistiquées ? Non, spéciales juste. Je savais que Claire ne savait pas trop manier une arme blanche alors je cherchais une épée légère et pratique, et avec l'aide d'un vendeur, je débusquai une petite épée d'un vert auquel on pouvait voir à travers. Le manche, lui, était orné de rubis décoratifs, Claire la trouva à son goût, surtout que sa couleur préférée était le vert.    
Moi en revanche, je peinais à trouver quelque chose parmi les "Claymores lance-grenades" et les "Longues épées arbalètes" mais au détour d'un rayon, il y avait, posé sur une table, une grande épée dans laquelle une sphère pouvait être introduite dans le manche. Fort heureusement, il y avait une sphère de Métal déjà placée mais j'ignorais son utilité. Un autre vendeur s'approcha de moi et m'expliqua : 
-C'est un modèle expérimental, cette épée utilise le pouvoir de la sphère qui lui est associée pour concentrer la puissance de celle-ci et la transmettre à la lame.        
-Intéressant.
-Normalement, vous pouvez introduire d'autres sphères d'éléments différents mais nous ignorons ce que cela produirait.
-Je pourrais peut-être l'essayer, c'est cher ?      
-Contre toute attente, non, les clients sont sceptiques à l'égard des "armes expérimentales". C'est la seule que nous possédons en magasin et elle ne se vend pas. Elle vient de loin, et ce n’est pas un argument suffisant.      
-Je la prends. 100 Gildors ?          
-Pour elle ce sera gratuit car nous ne pouvons pas garantir de remplacement ou de remboursement en cas de problème.
-Très bien... Merci ! Restai-je ahuri.        
On se dirigea à la caisse et on valorisa nos emplettes à 620 Gildors, on ressortit et on retourna en direction de chez Adam. Celui-ci nous avait concocté avec l'assistance de Mélora un délicieux gâteau au chocolat noir et à la Printe confite dont on ne laissa pas la moindre miette, vraiment exquis ! C'était vrai, je trouvais qu'Adam et Mélora feraient de bons cuistots, c'était mon avis...         
La pendule du salon tinta à 34h00, le soleil déclinait lentement pendant que j’entraînais Claire à l'art du guerrier, c'est à dire l'épée. Ses coups étaient encore lents et ses parades molles mais elle devrait pouvoir y arriver avec le temps, sa volonté à vouloir accomplir des choses m'avait toujours impressionné... Goldar, de retour... Quelle poisse !

Chambre louée pour une journée.

Du Pays de Sir (rappel).

Un sirop aux airs de sirop de framboise, mêlé à du sirop de géranium et de figue.

C’est le recueil religieux des Béléziens, c’est surtout le livre de la Triskai, qui est écrite en spirelien.

L’arbre à Printes, l’agrume préféré des spireliens.

Une croix symétrique aux allures d’un « + » et qui n’avait rien de religieux, symbolisant la mort, tout simplement.

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