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Bélézia II

Renaissance Maudite

Chapitre 2

Panique à Spirès

-Il se réveille ? Hé, ne bouge pas !          
-...
-Tu n’es pas encore sur pied... mais c’est une chance que je t’ai retrouvé. 
-É... Élendar ?          
-Non (Qui est Élendar ?). Tu n’es pas en état, ne te lève pas.
-Je me souviens... je me souviens !         
-De quoi ?    
-De ce jeune homme aux cheveux d’or, et de cette femme aux cheveux châtains ! Qui, qui es-tu ? Où vas-tu ?    
-Je pars libérer un dieu, et tu ne peux pas m’y aider. Je le fais pour que tout finisse bien. Rester et te reposer, c’est un ordre ! Je reviens.

***

On stoppa net l’entraînement à 34h45. Claire était rouge comme une tomate, elle se donnait toujours à fond avec moi. Elle prit de grandes gorgées d'eau fraîche et s'assit sur le canapé du salon. Valka sortit à son tour dans le jardin, je saisis alors l'occasion de lui dire que :   
-Valka ?        
-Oui...
-Tu es vraiment un excellent guitariste, on t'écoute avec Claire par le poste-radio en fin de semaine. Je suis content que tu aies pu devenir célèbre surtout que tu as du talent !
-Merci Baalest, c'est gentil, ça me fait plaisir !  
-Tu comptes sortir un sec...          
À cet instant, la sirène des pompiers hurla à plein tube. La première fois, elle ne sonna pas très longtemps. Nous nous dîmes avec Valka que c'était un accident ou un test, cependant j'étais dubitatif, je pressentais quelque chose. On reprit la discussion :  
-Tu comptes sortir un second album prochainement ?
-Je ne sais pas, je réfléchis beaucoup en ce moment, je cogite et ça me sape l'inspiration. Sûrement mais plus tard. Tiens, Baalest, ça te dirait de chanter en duo un de ces quatre ?           
-... Pourquoi pas mais je ne connais pas beaucoup d'airs de musique à part les requiems d'enterrement et puis je ne crois pas savoir chanter.         
-Mais si, tout le monde peut savoir chanter avec de la passion, grands, petits, gros, maigres, pauvres ou riches, on peut tous chanter et jouer de la gratte...      
La sirène hurla une seconde fois, on continua à parler mais tout de même avec une forte appréhension, nous stoppâmes la discussion lorsqu’elle sonna une troisième fois, on rentra dans la maison, les autres commençaient à revêtir leurs armes, on fit de même. Je questionnai Adam en lui demandant si c'était la guerre, il détourna la tête vers la fenêtre puis revint en m'expliquant que si la sirène sonnait neuf fois, C'ÉTAIT la guerre. 
À la sixième sonnerie, ce qui n’avait déjà plus rien de normal, on sortit et on s'installa dans la rue, armement en main, soudainement, une personne effrayée arriva haletante en sprintant dans la rue, elle hurla :           
-Enfuyez-vous !!! Ils sont là !!!      
Le quidam nous frôla de justesse, Adam le saisit par le bras :
-Que se passe-t-il ? 
-Ils... ils sont revenus !       
-Qui ?!?         
-Ceux de l'année dernière... les monstres !        
Adam lâcha la personne qui détala à toute vitesse en direction des champs de printes, Adam fut happé par la furiosité, il marmonna avant de foncer à toute berzingue :
-Je ne les laisserai pas détruire ma ville une seconde fois !!!
On courut vers le centre-ville en le suivant. Je voulais faire demi-tour et partir. L'alarme cria une septième fois lorsque nous approchâmes du cœur urbain, quelque chose nous fit face :          
-Un Autezard ?! Ça recommence, pensais-je.   
Un autre de ces macabres êtres apparut depuis une petite rue, ils brandirent de grands sabres comportant trois lames chacun. Le premier se jeta avec férocité sur Adam, il avorta la charge et riposta, Clen partit lui porter assistance. L'autre soldat de Goldar fit de même sur moi, je parai, Valka se risqua à lui trancher la tête mais il réussit à se baisser, Mélora lui enfila un gros coup de pied dans la poire. Clen frappa sur le premier soldat et l'atteignit à la jambe, Adam sauta par-dessus Clen et encastra son arme dans le torse de l'ennemi, l'armure céda, l'adversaire aussi. On redécouvrit l’horreur. 
Son équipier funeste se jeta sur Claire et la fit chuter, il voulut en profiter pour la tabasser quand je l'attrapai par l'arrière du crâne avant de le fracasser contre la bouche d'incendie à côté de nous, il flancha sonné et trébucha sur le dos, il ne me restait plus qu'à l'empaler.  
Pendant un court instant je réfléchis alors, j'avais comme l'impression que plus je tuais, moins cela me choquait, étais-je vraiment si impitoyable ?

Je demandai à Claire si elle allait bien, elle me répondit que oui pour me rassurer. Une huitième sirène creva le silence avec sa sonorité perçante pour les tympans. On continua jusqu'à un rond-point où étaient juchés une bonne dizaine d'ennemis qui provoquaient la panique. On se prépara mais au moment de passer à l'offensive, plusieurs autres dizaines de soldats et policiers cette fois-ci de notre camp encerclèrent les opposants, l'un d'eux nous ordonna de fuir. Adam se sentit prêt à aider, mais en civil...
Adam resta stoïque quelques secondes, son supérieur finit par le pousser hors de la zone de combat en indiquant : « Code Blanc, M.Wolf ! ». Notre amie reprit ses esprits et on repartit dans l'autre sens, l'alarme enterra la paix d'un neuvième et dernier coup d'éclat. C’Était la guerre ! Adam ferma sa maison à clef sur le passage, même si cela ne servait plus à grand-chose, c'était chez lui et autant retarder les assaillants par une porte fermée pour leur faire perdre du temps. Il scruta promptement sa montre, 35h50, le soleil rayonnait de moins en moins le paysage, il semblait même sombre et oppressant comme si lui aussi déclarait le début de la guerre. Comment Goldar avait-il pu revenir aussi vite ? Si j’en tenais le coupable... On se dirigea vers l'hôpital, les médecins dans la cour étaient débordés, il y avait des gens paniqués un peu partout et même une femme qui fit un malaise pendant que nous traversions. Clen voulut porter assistance mais Adam le tira par le bras. Une fois sortis de là, on se précipita à notre tour en direction des champs de Printes à l'ouest de la ville, la luminosité se faisait plus rare lorsque nous sillonnâmes les centaines de Printaniers en direction des plaines. Adam avait dit que l'on pouvait y être en sécurité d'autant que l'armée de Goldar venait d’assiéger Spirès par l'est.      
Enfin, on s'arrêta pour reprendre du souffle quelque part au milieu des champs, s'asseyant sur un petit mur de pierre, Adam sortit alors de sa poche un portefeuille :       
-Cette fois-ci je ne le perdrai pas celui-là ! nous expliqua-il à Mélora et moi, amer, afin de faire un lien avec l'année dernière.
Il parvint à en extraire une petite carte avec le plan de la région, il avait toujours une carte, sûrement pour ne pas se perdre, il n'avait pas le pied voyageur avec sa sédentarité exagérée. On se rapprocha tous et il pointa une petite ville un peu plus au sud, le Hameau du cap, ville la plus au sud de la carte de Sir. Adam espérait que l'on puisse y être en sécurité.       
Or, avant de partir, il fallait que l'on se désaltère mais comme il n'y avait pas d'eau Claire et Mélora ramassèrent le plus de Printes possibles : heureusement qu'Adam fut prévoyant et eut pris un sac à dos isotherme. On le remplit des fruits juteux et on en mangea un chacun avant de repartir en trottinant.           
Qu’allait-il se passer ? On ne devait pas encore chercher la réponse. On progressa vers le sud en piétinant la terre claire et les feuilles mortes, tantôt en petites foulées, tantôt en marche rapide pour récupérer, il était 38 heures passées et c'était le crépuscule, on s'arrêta de nouveau sur une petite corniche et on contempla Spirès à l'horizon, elle était assez loin de nous à présent et une fumée noirâtre imposante semblait planer au-dessus d'elle, la désolation l'avait envahie.          
Sur nos pas, la lune levante nous illuminait d'une douceur blanchâtre, elle ne nous aveuglait pas comme le soleil rouge qui flamboyait nos yeux quand nous traversâmes les rues de Spirès tout à l'heure. On foulait à présent le dernier hectare de champ de Printes, nous allions nous retrouver dans la plaine, on fit une halte passagère pour manger un agrume supplémentaire et enfin nous quittâmes les campagnes de la ville. De lointains cris se percevaient encore, déformés et aggravés par la distance.
On chemina encore sur un bon kilomètre vers le sud jusqu'à atteindre un petit bois qui nous couvrirait contre le vent. Plus haut, comme la tour-de-guet des Plaines Dorées, trônait les ruines d’un antique château. Nous finîmes par ralentir, fatigués. On atteignit la lisière de forêt au pied de la colline puis on se cala contre des arbres, cachés pour pouvoir se reposer. De toute façon, nous ne voyions quasiment plus rien et je sentais que la traversée de demain serait longue. Mélora s'allongea et ne tarda pas à s'endormir. Clen, lui, aurait bien pu faire du feu mais il ne faisait pas froid et on aurait ainsi pu se faire repérer, ne savait-on jamais. À la place et pour s’occuper les mains il dégusta une Printe avec Claire et moi puis on trouva le sommeil. Adam et Valka s'échangèrent quelques phrases puis ne tardèrent pas eux aussi à tomber dans les bras de Morphée.

Je papillotai les yeux avant le premier rayon de soleil, j'avais mal à la tête, un tournis horrible, j’enchaînais les nuits à la noix. Claire me prit alors dans les bras un instant, le temps que cela cesse. Nous nous embrassâmes par amour quelques fois puis on réveilla Clen. Je regardai la montre d'Adam avant de l'éveiller à son tour, 12h45. On dévora rapidement un fruit car on avait soif puis une fois que tout le monde fut levé, on se réarma et nous redescendîmes sur la plaine humide.       
J'avoue qu'à cet instant l'air frais et la rosée du matin me donnaient un léger frisson, heureusement, celui-ci passa vite avec la marche.        
En avançant toujours vers le sud, Adam nous expliquait qu'on devait aller encore tout droit sur une dizaine de kilomètres puis se rapprocher de la mer, en la longeant, on atterrirait à la ville balnéaire. Enfin, ceci, c'était ce qu'il nous assurait, en réalité, nous étions au milieu de nulle part et je pensais même que l'on s'était perdus car même en allant toujours tout droit, on semblait faire du surplace, nous croisions toujours des mottes de terre identiques et de par-ci par-là, toujours les mêmes fleurs jaunes et des rochers semblables sur notre traversée, de plus mon mal de crâne m'eut repris après le premier kilomètre et le soleil rougeâtre qui apparaissait à l'horizon nous éblouissait et ne nous réchauffait encore nullement.

Sur le chemin, j’interrogeai Adam pour savoir ce que l'on allait faire une fois à notre destination, il me rétorqua juste que l'on allait trouver un moyen de renvoyer Goldar sous terre après avoir alerté le Hameau du Cap, et puis on pouvait prendre le bateau depuis là-bas pour s'enfuir éventuellement, au besoin. Il se tut et on chemina dans la broussaille encore quelques minutes puis en apercevant un arbre au loin on trottina jusqu'à lui et on s'installa dessous. J'ouvris le sac et nous nous partageâmes les dernières printes, Mélora tourna la tête derrière elle et s’exclama, retrouvant un usage commun et sympathique de la parole :          
-Il y a des animaux là-bas, regardez !     
Il se promenait un troupeau de créatures sauvages, elles avaient l'air de ressembler à des taureaux. Adam fut catégorique, c’était des aurochs. Il valait mieux éviter d'aller les émoustiller pendant la période de reproduction sinon pour se retrouver à cavaler pour ne pas se faire charger, on se releva donc et l’on repartit prudemment. Les bêtes n'étaient qu'à une cinquantaine de mètres tout au plus alors on s'abaissa un peu parmi les herbes hautes afin de passer sans embûches, ce qui fut heureusement fait avec succès.          
Une fois un peu plus loin, Valka interrogea Adam pour savoir quelle heure il était, Adam qui était le seul à penser savoir vers où nous marchions nous indiqua 14h65. Je me mis à converser avec Clen, on parlait de son camp de vacances : ce qui l'embêtait, c'était qu'il devait normalement travailler aujourd'hui. Soit, après nous dérivâmes vite le sujet et je ne sais plus comment, nous parlâmes du gâteau d'hier, c'était vrai que l'on commençait à tous avoir faim car les printes ça hydratait mais ne remplissait pas l'estomac.
Après une petite heure nous avions fait la majeure partie du chemin, il fallait maintenant que l'on se dirige vers la mer. On tourna sur notre gauche et nous atterrîmes dans un autre type de champ dans lequel les herbes dorées nous surplombaient. La quasi-totalité du trajet dans ces hautes herbes fut sans encombre, mais soudain, à un moment, Clen nous murmura très fort :     
-Stop !!!         
Sur le coup, on se demandait ce qui se passait. Nous l'interrogeâmes :    
-Clen, qu'est-ce qu'il y a ? 
-Vous n'avez pas entendu ?         
-Non... De quoi ?    
-Il y a un serpent près de nous, j'ai entendu siffler.    
-Je croyais que c’était Mélora. Sourit Adam. J’ai eu peur, haha !
On parvint à ouïr le bruit voisin de nous, c'était un bruit sourd qui semblait venir de tout près :      
-Ah vous voyez... Ne bougez surtout pas.        
Le serpent apparut tout près de moi, il se mouvait étrangement et montrait ses crochets, je ne bougeai point. Il siffla fort, je pensais qu'il allait me sauter dessus de la façon dont il me fixait, soudain, dans un vif élan, Clen réussit à saisir la bestiole et lui plaqua la tête contre le sol, il ordonna à Mélora de lui prêter sa dague afin de la lui trancher. Il regarda la petite juste après en lui montrant le serpent tout dégoulinant :           
-Tu avais faim ?      
Elle détourna la tête par dégoût, au moins, elle n'avait plus envie de manger rien qu'à voir l'ovipare pendre lâchement au bout du bras de Clen, et nous non plus d'ailleurs. Adam fit la remarque comme quoi il aurait pu simplement lui arracher les crochets, mais Clen expliqua qu’il serait peut-être mort de faim avant que ces derniers repoussent, ce qui n’aurait pas été mieux. Comme il savait qu'on trouverait à manger dans la ville, il jeta le corps inerte un peu plus loin dans les herbes hautes et rendit sa dague à Mélora.         
Claire eut une idée : étant perdus, elle demanda à ce que Clen prenne Mélora sur ses épaules afin qu’elle nous guide. Cet élan de technicité nous rendit la direction de la mer. Nous excursionnâmes dans le reste de la haute-plaine avant de déboucher sur le sable blanc du bord de mer, cette plage se profilait à gauche comme à droite de nous sur plusieurs kilomètres. Cela, la Baie de Spirès, formait un gigantesque croissant blanc.       
Maintenant que nous avions moins froids, Adam et Valka quittèrent leurs chaussures et relevèrent leurs pantalons, l'eau était tout de même assez fraîche mais cela ne leur faisait rien de marcher dedans à côté de nous qui restions sur le sable, Clen finit par les rejoindre.          J’espérais qu’ils ne se prennent pas un couteau enterré dans le pied !    
Claire aussi enleva ses bottines alors je fis de même avec mes chaussures, ensuite on s'enlaça et nous marchâmes ainsi sur une longue distance, peut-être plusieurs kilomètres. Et Mélora ? Elle ramassait des tellines et elle les comptait, elle était arrivée à 283 de ces petits coquillages tout de même. Elle les disposait dans la poche avant du sac à dos qui commençait à humer l’amère mer.
À force de marcher, on parvint à distinguer dans un horizon encore lointain les ébauches de ce qui semblait être des bâtiments et en s'avançant de plus près, c'était devenu l'esquisse de maisons de bord de mer. Nous arrivions presque au Hameau du cap et cela faisait du bien car nous commencions à avoir vraiment soif. Adam prôna :        
-16h25 ?! On a été rapides ce coup-là !   
-L’habitude, Adam, l’habitude. Affirma Clen. 
-Hé, regardez, c'est le panneau d'entrée de la ville ! répondis-je à tous d'un air satisfait.          
On dépassa le panneau luisant puis les maisons balnéaires avant d'emprunter un petit sentier boisé menant à la périphérie, les maisons étaient toutes neuves, ce village fut achevé durant l'année dernière, il n'existait donc pas, entièrement, lors de notre premier périple. Nous finîmes par fouler le centre-ville du Hameau et son pavement de grès cérame. Il y avait beaucoup de monde, torse ou poitrine à nu, ou en maillot de bain deux pièces : c'était vrai que nous avions remarqué depuis la plage que le climat entre ici et Spirès était nettement différent : alors qu'il y ferait 15° ou 16° à cette heure-ci, là où nous étions la température flirtait déjà avec les 25°.     
Nous nous assîmes sur un banc (il y avait trop de personnes assises sur les fontaines). Comme nous avions à la fois faim, soif et aucun lieu où passer la nuit, Valka eut une bonne idée : nous allions former deux groupes : Claire, lui et moi partirions à la recherche d'une boutique pour nous ravitailler tandis que Clen, Adam et Mélora chercheraient un hôtel pour dormir en paix ce soir. Les deux groupes devions nous retrouver sur ce banc tout à l'heure.
On se sépara et je partis avec mes deux alliés vers la rue commerciale, ce n'était pas si grand, le Hameau du cap était comme une longue allée se divisant en plein de petites rues. Par contre, il y avait cette foule impressionnante et nous avions eu beaucoup de mal à voir une boutique. Toutefois nous finîmes par trouver un grand commerce, à l'intérieur il y avait proportionnellement autant de monde que dans la rue bondée et les caissières transpiraient à grosses gouttes entre la chaleur, les bébés qui pleuraient et les personnes impatientes qui tentaient de doubler la longue file d'attente devant l'enregistreuse. On se dirigea vers le rayon de l'eau en premier, heureusement ce n'était pas bien cher, on prit un pack de six bouteilles, une pour chacun d'entre nous et nous nous en allâmes parcourir les rayons alimentaires. Adam nous avait concocté une petite liste avant que l'on vienne, Claire la déplia, ainsi nous récupérâmes des pâtes, des biscuits, du beurre, des yaourts, du fromage... et encore plein d’aliments et de condiments pas toujours d’une utilité essentielle. Ensuite, on s’installa dans la file d'attente et... on patienta !

De leur côté, Clen, Mélora et Adam, parmi la foule, tournaient en rond et ne savaient pas exactement où étaient les hôtels. Ils finirent par demander à un serveur de café qui passait par hasard devant eux un plateau à la main : ce quidam leur rétorqua brièvement qu'il fallait se diriger vers la plage, de là-bas, ils y verraient mieux. Clen sillonna les passants vers la plage, les deux autres suivirent, ils réussirent à atteindre le bord de mer et en se retournant ils contemplèrent les façades d'une lignée de grands bâtiments de plusieurs étages qui les entouraient sous la forme d'un arc-de-cercle. Nos amis se dirigèrent vers eux à travers les palmiers et pénétrèrent dans l'un d'eux. Mélora s'adressa à la réceptionniste.

Nous finîmes par passer à la caisse, Adam nous avait donné la monnaie nécessaire pour payer, on fourra le tout dans trois sacs dont on en prit un chacun. Nous retournâmes sur la grande place, on s'assît de nouveau sur notre banc et l’on attendit en discutant.

Le premier hôtel fut complet, le second autant, le troisième aussi... nos amis commençaient à désespérer et pensaient qu'au terme nous allions de nouveau coucher dehors. Au huitième d'entre eux, Mélora qui prit une initiative s'adressa au réceptionniste d'un ton charmeur et plaisant, ses atouts en avant, tel que la victime ne put résister et trouva un petit studio pour nous tous. Ah, devoir en arriver à là... Adam et Clen se cotisèrent pour payer le séjour, la note étant salée, c'était la seule nuit qu'ils pouvaient nous payer car il ne leur restait plus une grande quantité de Gildors. Une fois cela fait, ils cheminèrent vers le banc à leur tour.

Ils mirent presque un quart d'heure à nous retrouver, il était seulement dix-huit heures et nous ne savions plus trop quoi faire après avoir posé les courses à l'hôtel, je dénichai, en promenant, une brochure qui proposait des randonnées gratuites autour du secteur, dans une petite butée proche du Hameau du cap, un peu plus au sud. On vota à l'unanimité. Il y avait une demi-heure de marche pour y aller. Pendant trois ou quatre heures, on admira ainsi les séquoias géants dans un environnement tout constitué de terre sombre, de granite et d'Arkose, car nous étions tout près de la mer, enfin nous retournâmes à l'hôtel pour dîner. Ce studio était génial, on avait une vue imprenable sur la baie. Ce qui était chouette comparé aux hôtels d'autres villes, c’était que nous n'avions pas seulement une chambrée ! Ici on réservait quasiment des appartements pour la journée. Adam sortit les pâtes du réfrigérateur, demanda à Mélora de chercher des casseroles et de faire chauffer de l'eau, Valka quant à lui sortit le beurre, le sel et de la sauce barbecue ainsi que la mayonnaise. Je mis la table avec Claire et Clen partit se débarbouiller dans la minuscule salle de bain.           
Les pâtes dans la casserole et la viande mise à cuire, on prit une tranche de jambon avec des cornichons en attendant que la cuisson soit achevée. On écoutait la radio, apparemment, le sud de la ville de Spirès serait en piteux état mais sa milice aurait arrêté la progression des soldats de Goldar puis sécurisé la zone avec l'appui des forces de Sice et du Hameau du cap, les journalistes-radio n'en savaient pas davantage pour le moment mais les ambitions de Goldar butaient étrangement...        
Valka rajouta de la mayonnaise dans ses pâtes, nous autres appliquâmes de la sauce barbecue par-dessus la viande. Nous mangeâmes en silence en écoutant les nouvelles radiophoniques qui annonçaient que le temps serait splendide cette après-midi. On prit du fromage et des yaourts pour le dessert puis je m'installai sur un fauteuil de cuir afin de regarder les différentes brochures que j'avais ramassé tout à l'heure, il y en avait pour les restaurants, les hôtels, les piscines, et puis une qui m'intrigua parmi toutes ces fadaises : il y avait d’écrit d’une encre à la couleur du sang :

"Comme à l'ancien temps, venez mettre vos capacités à rude épreuve face à des requêtes toutes plus difficiles les unes que les autres. Rétribution conséquente à l'appui !

Taverne des initiés. Venez équipés de votre arme... et de votre cervelle... "

Cette brochure m’intéressa et vu que nous ne savions pas quoi faire cela tomba bien. On se prépara et l’on descendit tous ensembles en direction de ce lieu aux activités étranges. Nous poussâmes la vieille porte et on s'adressa au comptoir, il y avait aussi un grand carnet dans lequel les gens notaient des ragots et des rumeurs, lesquelles étant barrées par le gérant une fois obsolètes :           
-Excusez-nous monsieur...           
-Oui, que voulez-vous ?   
-On vient de lire la brochure. Nous voudrions connaître le type de missions que vous proposez ici. Nous avons besoin d'argent...    
-Je crois que vous vous êtes trompés d'adresse ! Non, sérieusement, vous devriez vous faire embaucher dans un hôtel pour vous faire de l'argent, ici, nous faisons des quêtes comment dire, dangereuses ! Il n'y a que les professionnels expérimentés qui les prennent.      
-On vous signalera alors que c'est nous qui avons, euh... avions tué Goldar l'année dernière. Emit Mélora.         
-(Quelle imagination débordante... ) Tant pis pour vous, je vous aurai prévenus. Le panneau des requêtes est au fond, là-bas.
-(Ma parole, j'ai l'impression que l'on ne nous croit pas...) 
Nous nous dirigeâmes au fond du bar et quand on regarda le panneau, Valka s'exprima avec un rictus en réserve :
-C'est ce que je faisais avant de vous connaître.          
-Chasseur de primes ? L'interrogeais-je.           
-Oui, c'est cela.        
Du coup, Valka nous expliqua les règles. Il y avait cinq paliers de difficulté pour la sélection des missions : Blanc, bleu, jaune, rouge et noir. Chaque palier se répandait en trois catégories : Chasse au trésor (recherche d'objets de valeur) ; Chasse aux monstres (recherche de bêtes sauvages nuisibles) et Chasse aux fugitifs (recherche de criminels en fuite). À ajouter qu’il n'y avait aucune contrainte d'effectifs, c'est-à-dire pas de limite en nombre de personnes mais qu’il était nécessaire de savoir que les quêtes de trésor n'étaient pas rémunérées car la récompense était le trésor à déceler.         
Clen observa minutieusement les requêtes avec l'appui de notre ex-chasseur de primes, ils trouvèrent une quête-type "Chasse au monstre" de niveau bleu, c'était un paysan qui l'avait déposée à cause d'une bestiole qui lui avait ravagé son champ et sa récolte, en somme quelque chose de plutôt banal. Cela semblait assez simple, la récompense était de 400 Gildors et le paysan offrait une sphère de Feu en prime si la bête une fois tuée lui était apportée, allez savoir pourquoi. Peut-être souhaitait-il faire du compost animal avec ?      
On retourna voir le gérant de la taverne qui demanda à notre "chef de clan" de signer sur un petit registre, on n'avait ni clan, ni chef, par défaut Valka signa. Ensuite, le gérant prit un tampon et put appliquer une bonne marque d'encre qui signalait que la requête n'était plus disponible pour l'instant.           
On fila chez l'apothicaire le plus proche récupérer quelques curatifs mineurs avec les vingt misérables Gildors qu'il nous restait et nous partîmes dans la direction que donnait la requête, un champ à deux kilomètres d'ici. Durant notre traversée, nous nous demandâmes à quoi pouvait ressembler la bête que nous allions rencontrer. Certains pensaient que ce serait une sorte de dingo ou de coyote, les autres étaient plus sur des insectes comme cigale géante ou quelque chose dans le genre. Moi je ne savais pas trop, et puis je m'en fichais, quelle qu'elle soit on lui réglera son compte, c'est tout.     
On finit par entrer dans ce grand champ, il devait bien faire plusieurs hectares au total. Une maisonnette de pierre apposée à un grand hangar surplombait les champs de blé, tournesol et vigne, et en toile de fond, un petit regroupement d'arbres formant un sous-bois ombragé. Un rugissement me fit frémir, nous tournâmes la tête lorsque les feuilles se mirent à bouger, la créature surgit alors des bois en fusant envers nous, ce qui ne me laissa que le temps de dégainer mon épée pour lui faire face et prévenir les alliés :           
-Formation : dispersion !  
Chacun s'écarta ainsi à l'attaque du monstre de manière à rester le plus loin de la bestiole, une sorte de grand grizzli aux griffes ultra-acérées, un seul coup pouvait être fatal ! Je me rapprochais de lui avec Adam et Clen, Valka était en soutien, Mélora et Claire en retrait au cas où. Le mammifère bondit alors sur Adam qui se décala, Clen frappa par derrière et je l'extirpai de manière à ce qu'Adam porte à son tour une attaque, le colosse se déporta ensuite sur la gauche alors Valka assena à son tour une tranche avant de se faire bouler d'un coup de flanc à plusieurs mètres, Mélora partit l'aider et Claire se rapprocha en remplacement. J'escrimai à mon tour mais la bête esquiva, Clen me poussa soudainement à terre afin de m'éviter la mort, Valka revenu en profita pour frapper de nouveau le monstre qui tenta de le déchiqueter, sans succès. Mélora dégotta une occasion de lui balancer sa dague dans le flanc, elle prit l'arme et celle-ci perfora l'ours enragé. Pour me couvrir, Claire en profita pour attaquer aussi, malgré son aptitude défaillante au combat, telle qu'il réussit jusque à m'attraper et m'éjecter contre le sol, abasourdi. Ma chérie me tira de façon à m'enlever de la trajectoire des griffes mais quand je voulus récupérer mon épée, ce fut Claire qui me la prit. Elle ajouta juste :   
-Tu as confiance ?   
-Oui, enfin...
-Alors laisse-moi faire...    
Elle retira la sphère de mon arme qui du coup perdit sa lame. Elle braqua le sceau de Métal en direction du prédateur, un rayon argenté remplit d'éclats de métaux le transperça de part en part, celui-ci s’effondra, inerte.   
Il fallait maintenant le traîner jusqu'à la maison. Comme il pesait plusieurs centaines de kilogrammes, on le tira ensemble. Mélora retira sa dague de l'animal, au passage. Une fois l'entité déposée, je pus toquer à la porte, le monsieur nous ouvrit avec un fusil, qu'il n'abaissa qu'en voyant la bête abattue, il nous convia alors à l'intérieur :
-Oh, merci à vous tous, sans votre aide, mes récoltes auraient été fichues ! Ah oui, la récompense, tenez, voici... 100, 200... 400 Gildors, voilà, et attendez... comme promis, récupérez votre sphère de Feu.    
-Merci, bon, nous devons repartir...       
-D'accord, bonne continuation alors.      
-De même.   
On marcha de nouveau vers le Hameau du Cap et Valka et Clen partirent faire valider notre quête à présent achevée, la chaleur nous donnait envie de nous baigner mais si nous n'étions pas passés devant la piscine municipale nous n’aurions pas été prendre l'eau. Mélora et Adam retournèrent à l'hôtel demander des serviettes et acheter des habits dans un magasin de l'allée bondée tandis que nous croisions nos deux amis de retour en leur expliquant que l'on resterait ici pour se détendre. En attendant que tout le monde soit là nous conversâmes en cherchant ce que l'on pourrait faire demain, si nous restions là ou pas...
Nous pénétrâmes donc dans l'espace nautique chloré, après un bref passage aux vestiaires nous atteignîmes le béton couleur de sable ainsi que la foule omniprésente bien qu'elle soit proportionnellement moins nombreuse que sur les plages du Hameau.  
Il y avait une grande piscine, cela tombait bien car le climat, là où l'on se situait à présent, aussi chaud qu'à Sice à partir du printemps, il était écrasant, il y régnait cette chaleur étouffante octroyée par le soleil de plomb de l'après-midi... On posa les serviettes puis Claire prit place à l'ombre pendant que je me jetais à l'eau.
Mélora était joyeuse, elle vint jouer avec Adam et Clen, ils s'amusèrent à s'éclabousser, moi je préférai m'améliorer en nage au cas où un monstre m'expédiait dans une rivière comme dans la Vallée Dansante.            Et puis l’eau était fraîche et tonifiante.  
Mélora remonta sur la berge pour s'élancer et faire une « bombe » dans l'eau comme Adam la qualifie, malheureusement elle glissa pendant sa course et se heurta violemment au rebord de la piscine. Un garçon de son âge sauta dans l'eau translucide pour aller la chercher et la remonter. Mélora semblait étourdie et flasque entre ses bras une fois sur la berge, elle avait bu la tasse, Clen et Adam le remercièrent puisqu’il fut pour le coup bien plus rapide qu'eux.  
Il lui fallut à peu près une minute pour reprendre ses esprits et le jeune lui demandait si elle avait mal quelque part, elle objecta que non même si elle avait refilé un gros coup de tête dans le béton :       
-J'aurais une bosse, oh, ce n'est rien... Merci, vous m'avez sauvé la vie !   
-Ah ce n’est rien, vous étiez consciente, vous seriez sortie sans problème. Attendez, venez, on va s'asseoir, je vais vérifier que vous n'ayez pas le crâne ouvert.         
-Je suis solide... et puis on peut se tutoyer aussi !      
-D'accord. Attends, je t'aide à te relever...         
-Tu t'appelles comment ? Moi c'est Mélora ! Ouh là, j'ai le tournis.
-Julien. Reste assise.          
-Et tu es sans doute maître-nageur, que sais-je, comme tu « secoures » si bravement les jeunes demoiselles imprudentes ? Admit-elle avec un peu trop insistance.         
Les voyant discuter d’un ton tranquille, je décidai de ne pas lui demander, sans doute qu'elle allait bien. Je continuai à m'exercer en regardant Claire se dorer la pilule au soleil déclinant et l'envie me prit de la faire nager : j'assumais très bien qu'elle ne sache pas mais il n'est jamais trop tard pour apprendre. Et puis je trouvai toujours cela étrange que l'eau ne l'aie jamais attiré au moins une fois avant qu'elle se noie dedans, puisqu’elle avait vécu la majeure partie de sa jeunesse à Sice, au bord de la mer :
-Ma puce, viens dans la piscine, tu verras c'est super !
-Euh... non, merci, mais je me sens bien là...    
En voyant qu'elle se résignait à venir, je remontais subitement la chercher. J'ai pourtant horreur de forcer les gens, mais avec elle, ce n'est pas tout à fait la même chose, et puis, jamais je ne l'obligerai à faire quelque chose de dangereux. Là, ce n'était pas le cas, il n'y avait aucun danger si je la tenais...         
-Non mon amour, repose-moi tout de suite par terre...arrête, c’est un ordre ! Tu me fais peur !          
-Ne t'inquiète pas, je suis à tes côtés.     
Je m'approchai du bord, fier et prêt à sauter avec elle dans les bras :        
-Tu ne vas quand-même pas me jeter dans la flotte ?! Si tu fais ça, je te jure, je t'en mets une devant tout le monde, ou même, je fais la grève du s...           
-Pitié cesse de gesticuler mon cœur. Non, je ne vais pas te balancer à « la flotte » comme tu dis, on va sauter dans l'eau tous les deux ! avouai-je, un grand sourire dessinant mon visage lumineux.          
-S'il te plaît, non, argh !!    
Et ce ne fut pas facile ! Malgré son désaccord évident, elle n'avait plus le choix maintenant qu’elle était dedans. Sur le coup, elle fut paniquée car elle n'avait pas pied, elle se raccrocha à moi par réflexe. Elle tremblotait comme une feuille, c'était presque mignon à voir :       
-Alors ? Tu vois, tu n'es pas morte. Et voilà, tu es dans l'eau... maintenant, tu peux m'en coller une...           
-Je ne peux pas !     
-Pourquoi ?  
-J'ai peur de te lâcher. Mais je te jure !!  
-Tout le monde flotte, je ne vois pas le problème...    
-Moi si, je le vois !! 
-Attends, mon amour... Regarde, mets-toi sur moi, je fais la planche et tu te tiens à moi.         
-C'est un peu risqué, non ? Je peux te couler...
-Tu as confiance en moi ? 
-Bien sûr, mais là... oui... enfin... 
On parcourut la piscine une fois de long en large. Je commençais petit à petit à la sentir un peu plus détendue, alors je lui proposai d'apprendre à nager elle aussi :     
-Maintenant je te lâche.     
-Nooon !!
-Ne t'inquiète pas, je reste à côté de toi ! Agrippe-toi au rebord. Voilà, et maintenant tu dois me rejoindre en brassant, regarde, comme cela, d'accord ? Tu ne peux pas couler, l'eau te porte et te fait flotter, Claire, tu ne passeras jamais au-travers. Et pense à respirer en gardant la tête en l’air. Je fis cela du côté où le rebord était trop haut pour qu'elle ne puisse pas remonter, l'échelle étant de l'autre côté de la piscine. Quel ingrat je faisais, héhé. Lentement mais sûrement, elle tenta de retirer sa main du rebord. Je lui laissais tout le temps nécessaire pour qu'elle y arrive, maintenant, elle devait me rejoindre, je n'étais pas loin, au cas où...      
-Voilà, c'est bien, tu progresses ! Allez, encore un petit effort et c'est bon, non, pas comme ça, il faut que...           
-Au secours, je m*glou*e noie, B*glou*aal, à l'aide !!! 
-Mais je te tiens, c'est bon, tu as juste bu la tasse, ce n'est rien...
-Je t'en supplie, je veux remonter, je veux sortir !       
Je la raccompagnai à l'échelle, elle était terrifiée et tremblait en toussant, alors je l'assis sur la chaise-longue. J’avoue qu’elle faisait bien la comédienne et je contemplais ses frasques les bras croisés :    
-Ne me refais plus jamais ça !!!    
-Mais un jour, cela pourra peut-être te servir de savoir nager. Au fait, tu es sûre que tu veux encore faire la grève ?
-Pfff...
On remonta sur la berge puis je la rassurai au passage, elle ne m'en voulait pas tant avec le recul, elle avait dû se rendre compte que c'était pour son bien. Mélora discutait toujours puisque ce Julien lui avait offert un verre, apparemment ils avaient l'air de s'entendre, ils se souriaient et ça la rendait radieuse. Nous les laissions profiter de la vie et je restais avec Claire, les autres ainsi que Valka étant entre-temps allé dans l'eau se baigner. La soirée arriva vite, Mélora s'était volontairement rapprochée de Julien après avoir parlé durant l'heure passée de nous et de nos actions rebelles contre Goldar. Il la trouvait brave, héroïque même et elle le trouvait bien, alors... Bref, c'était le coup de foudre, quoi !     
Il était temps de rentrer, la piscine allait fermer, il fallut cependant patienter un certain laps le temps que les deux nouveaux tourtereaux se saluent, elle lui dit en lui tapant la bise qu'elle passerait demain et il lui répondit qu'il y serait. En fait il travaillait saisonnièrement à la piscine au nettoyage des espaces publics. Je ne pus m’empêcher de marmonner inaudiblement : « Tu as intérêt à être gentil, le « gendre », Mélora est de notre famille et si tu ne tiens pas à carreau... ».          Claire m’envoya un coup de coude gentillet pour faire cesser mon marmonnement.         
Mélora marchait devant nous en direction de l'hôtel, et elle marchait droit comme un piquet, toute légère avec un large sourire dressé on ne savait où... bref, on rentra avant qu'il fasse nuit, elle paraissait surexcitée et n‘arrêtait pas de blaguer et gesticuler... Adam... même Adam ne put pas en placer une, ah là il ne sortit rien le bougre ! il ne réussit pas, c’est le pire ! Soit, être en pâmoison la rendait heureuse et c’était très bien pour tout le monde ! En sautillant de partout elle partit prendre une douche. Je lui poserai le repas sur la table, de toute façon nous allions tous prendre une douche à sa suite, ça empestait le chlore dans tout l'appartement.          
Après la douche, nous commençâmes à souper, la piscine nous avait creusé l’estomac au moins jusque dans les pieds. Ne voyant pas Mél revenir, j'eus une inquiétude, une vraie inquiétude de grand-frère : peut-être qu'elle avait eu une faiblesse due au coup ou pire qu'elle ait fait un malaise ? Elle aurait pu tomber, se cogner, se couper, ou pire encore. Claire resta interrogative lorsque je me relevai, je lui dis aller la chercher. Je partis me rassurer, je montai dans les escaliers mais j'aurai dû toquer avant d'entrer dans la chambre...  
-Mél ?
-Aaaaaaaaaahhhhhhhhhh !!!!        
-Ouh pardon, navré, je n'ai rien vu, je ressors !
Je partis comme un fugitif pour redescendre quand Mélora ouvrit la porte en se cachant derrière afin que l'on ne puisse pas voir sa nudité resplendissante. Elle était tout honteuse !        
-Baalest ?      
-Je redescends, ça ne me regarde pas... en effet, tu as sacrément grandi... tu es devenue... une adolescente. Crachai-je à moitié, sûrement plus gêné qu’elle.        
Oh, le vase premier prix sur la commode du couloir me parut soudain très intéressant !        
-Dis... tu pourrais garder ce secret, je t'en supplie !    
-Quel secret ? Que tu te masturbes ? Je m'en fiche, c'est la nature, ce n'est pas comme si c'était tabou... (quel beau vase !)       
-Quoi ?! Mais non...           
-Mon œil... mais puisque je te dis que je m'en fiche ! Tu es grande, tu fais ce que tu veux, tu sais ? Ne t'en fais pas, je ne dirai rien. Après, si tu veux des conseils là-d...          
-Non non non, hum... M...merci !
Elle referma vite la porte en la claquant presque et je rejoignis les autres, Adam me demanda :        
-Elle arrive ?
-Laissez-là, elle est tranquille, pas la peine de la déranger, elle se repose... elle... dort. Au fait, il y a un super vase en haut du couloir... magnifique !  
-Tu veux dire le pot de chambre immonde sur la commode ? demanda Valka, sur la lune, visiblement.           
Grand silence. Après le repas et la douche, chacun partit vaquer à ses occupations, Claire partit se coucher et Adam et Clen écoutèrent les musiques du poste-radio... je remontai avec un plat contenant la part que Mélora n'avait pas prise. Cette fois-ci, j'eus toqué. Elle me demanda d'entrer, elle était allongée sous la couette, l’air épuisée mais épanoui :    
-Tiens, je t'apporte le repas, bon appétit.          
-Merci, tu es vraiment un frère.   
-Ah bon, tu trouves ? Je pense que si j'étais ton frère, on se chamaillerait tout le temps, du coup je te narguerais en disant à tous que tu te touches... avec cette fausse curiosité qui te mettrait dans l'embarras du genre "Alors, c'était comment ? Allez, dis"... Finalement, c'est mieux comme on est, là, à cet instant, et puis tes yeux n'ont pas la même couleur que les miens qui sont... étranges, donc on n’est pas fraternels.           
-Oui, mais c'est ta tendresse, certes spéciale, elle est comme celle d'un frère... un bon frère, j'aurais aimé en avoir un. Allez, je fais abstraction de ta longue absence ! Mais...           
-Si cela te plaît, je crois en être un à tes yeux. Bon, tu dois être fatiguée, je devrais te laisser.  
-...Tu ne veux pas me border ?    
-Dans tes rêves... et puis quoi encore...  
-...
-Bon, d'accord, parce que c'est toi... mais t'exagères un peu, gamine... Amoureuse !      
-Héééee !      
-De celui de la piscine, hein, ce n’est pas pour rien que tu penses à lui ? Quoi ? Je voulais t'embêter un peu, on est censés se chamailler, non ?  
-Ne me tente pas, Baalest.
-Je rigole... (il le faut bien, étrangement je pressens l'arrivée des problèmes dans pas si longtemps).        
-Ne rigole pas trop... (de ça).         
-Je sais. J'y vais, bonne nuit Mélora.       
-Attends !     
-Quoi ?         
-Ça ne m'a pas fait mal...   
-Écoute, je me fiche de ta sexualité, du moment que tu vas bien... Sais-tu que j'ai une chérie s’il faut le rappeler ? et encore heureux que ce ne soit pas une forme de torture !  Allez, dors, p’tite tête !          
Je la laissai et partis rejoindre Claire, qui n'eut pas besoin que je lui explique (un secret est un secret) pour savoir pourquoi Mél n'était pas descendue, enfin, c'est sa vie, nous avions d'autres problèmes plus importants ! Nous avions toujours cette préoccupation de la menace de Goldar. En parlant, on s'endormit tout de même assez rapidement.

Le lendemain, ce fut Claire qui monta réveiller la petite, Clen, Adam et Valka étaient déjà dehors donc je les rejoignis. Ils réfléchissaient au lieu où pouvait se trouver Goldar actuellement : le plus probable restait encore son palais mais au vu de l'état dans lequel nous l'avions laissé, il avait peut-être dû se trouver une autre planque. En promenant près de l'hôtel sur le port, on aperçut un homme étrange dont l'aura noire qui le conduisit jusqu'ici vînt absorber le jour levant sur plusieurs mètres. Il se posa contre le mur d'un des hangars du port, il nous regardait mais n'avait pas tant que ça l'air de vouloir s'en prendre à nous, il attendit encore puis lorsque nous voulûmes faire demi-tour pour remonter, il fit un signe de la main et comme il vint à notre encontre, Clen posa la main sur la garde de son épée :   
-Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous faire de mal, je ne suis qu'un simple voyageur... 
-Et moi je suis le prince Azcard ?! Je ne te fais pas confiance, où est l'arnaque ? s’insurgea Clen, déjà agacé. Identité !       
-Je pensais bien que vous réagiriez comme ça.
-Où veux-tu en venir avec tes ombres de Néant ? Si c'est pour te battre pour l'autre guignol, fais-le maintenant qu'on soit fixé. Ajouta Adam.        
-Bien au contraire ! je suis contre Goldar. Même si j'use des ombres, je n'ai rien à voir avec lui. En revanche je l'espionne, lui et son subalterne Eonass et je sais exactement où ils sont en ce moment. Mais ne me révélez à personne sinon...           
-( Eonass ?!? ) réfléchit silencieusement Valka, amer. 
-Trop facile le coup du type qui sort de nulle part pour te donner des infos... Et puis d'ailleurs, pourquoi viens-tu nous voir, comment savais-tu que nous étions là ??           
-Clen, c'est bon. Exprimai-je.       
Clen se ravisa mais il gardait son arme sous sa main et était prêt à répliquer à tout moment. 
-Allié de l'ombre, dis-nous juste où est Goldar, on se chargera du reste, on ne te dénoncera pas, promis... repris-je.       
-Goldar et toute son armée, je les ai suivis depuis Aégandia, jusqu'à Ezcard, bien après Flaucens ou Ircès...
-Ircès... marmonna Clen.   
-Il y a une immense vallée et au bout une grotte, c'est comme un repaire, je pense, mais je n'y suis pas entré. On m'aurait vu sans autorisation et je serais...heu...*couic*.
-Es-tu vraiment certain du lieu ? Et pour Clen, une promesse ne serait pas de trop.      
-Promis, juré, craché ! La seule chose que je ne peux pas savoir est s’il s’y trouve encore. Il part souvent donc il doit s’y rendre. Houlà, il est déjà temps que je m'en aille, ça reste entre nous, d'accord ?       
Et il repartit par le champ tournoyant sombre tel qu'il fut arrivé. Devions-nous le croire ? En tout cas il avait l'air sincère et nous n’étions jamais de trop, et ce même dans notre second périple. Clen finit après de longues secondes d'hésitation par agréer avec déficience : ce n'est pas qu'il ne voulait pas nous accompagner mais nous avions l'impression que cela le dérangeait, peut-être à cause du type mystérieux qui vint nous aider, peut-être pour des motifs plus personnels, enfin... Nous repartîmes à l'hôtel en sachant tout au moins que c'était sur l'autre continent que ça allait se jouer. Nous voulions y croire tout simplement afin d'éviter un nouveau carnage. À l'hôtel, les filles étaient prêtes pour affronter la journée, nous leur expliquâmes la mystérieuse rencontre bien qu'elles furent suspicieuses elles aussi. On se concerta tous ensemble afin de savoir si tout le monde souhaitait gommer la page de la réincarnation de Goldar pour réécrire l'Histoire. Clen affirma bien qu'il était de la partie et Mélora après avoir hésité un long moment et suite à une mûre réflexion décida de nous suivre, Nous autres avions moins de difficultés pour choisir, il n'y avait plus de futur viable si nous ne l'arrêtions pas dans ses folies meurtrières. Par contre, quelque chose m'échappait, je demandai à Clen :
-Je connais Artès et j'ai déjà entendu parler de Flaucens, mais j'ignore où est la ville d'Ircès.  
-Demande à Adam !           
-Bon... d'accord. Adam ?   
-C'est loin après Flaucens, c'est tout ce que je sais.     
On patienta jusqu'à l'arrivée du navire marchand et touristique ralliant le Hameau du Cap à Flaucens : ce Trans-Maritime, mais juste avant je laissai Mélora seule, elle ressentait le grand besoin de dire au revoir à ce garçon, à ce "Julien" dont j'étais sûr qu'elle était tombée amoureuse. Elle courut jusqu'à la piscine, il y était et en sortit pour la rallier quand il la vit à son tour. Ils marchèrent un peu et s'installèrent sur un banc dans un endroit calme près du port :      
-Alors ça y est, tu repars déjà ?    
-... Oui... je dois y aller, tu vas déjà me manquer...     
-Moi aussi. Bon, je sais qu’on ne s'est rencontrés qu'hier et j'aurais tellement voulu que l'on se connaisse plus, mais...
-Aura-t-on l'occasion de se revoir après ?
-Je l'espère, un jour on se reverra, tu me plais beaucoup en plus...
-*Rougissement* Tu me le promets ?     
-Oui, on se retrouvera, promesse.          
-...*Rougissement triste* ... je ... ne sais plus quoi dire, je crois qu'ils vont s'impatienter, je devrais y aller.           
Mélora se leva du banc la tête basse :    
-Je crois que... je...   
-Moi aussi, ça me fait cela...         
-Tu crois qu'on est amoureux ?   
-Euh...*Rougissement timide*, probablement, oui.    
-Alors on se reverra... j’attendrai ton retour. Raconte-moi ton voyage !

Elle fit un pas vers nous, Julien posa sa main sur son épaule, elle se retourna :  
-Attends, tiens, je sais que j'ai quelqu'un à qui la donner maintenant !
Il lui passa une bague au doigt, puis ils se fixèrent intensément, comme pour mutuellement se graver dans leurs esprits. Leurs larmes commencèrent de couler, ils s’enlacèrent tendrement et de loin nous pûmes voir qu'ils s'embrassèrent juste après.  
Ils se vouèrent deux "Je t'aime" et Julien rajouta juste avant de partir pour disparaître derrière les pâtés de maisons :
-Quand tu te sentiras seule, je serai là avec cette bague pour te porter compagnie. Peu importe ce que tu feras, tu vas réussir... À un jour futur Mél.       
Elle revint à la fois dépitée et comme portée par une magie outrepassant toute la connaissance Bélézienne, l'Amour.
On grimpa sur le bateau avec une sensation étrange, il n'y avait pas seulement de l'amour dans l'air mais aussi un ressentiment sordide, plus terrifiant, tel un monstre ou un imprévu autre, à partir d'aujourd'hui, nous commençâmes à réécrire l'histoire que nous avions forgée l'an dernier.

Quand nous évoquions ce loup de Goldar... à peine réapparu le voilà déjà bien en forme ! En effet, si, entre temps il fut préoccupé par la recherche d'un objet mystérieux parmi les catacombes de Spirès, par malheur le but qu'il cherchait finit par toucher ses mains :   
-« L'Infinie sombreté ! ». Enfin je l'ai ! Viens avec moi petit fragment ! Merci stupide serviteur divin pour ton ignorance, grâce à toi je sais tout ! À présent, il ne m'en manque plus qu'un.           
-Chef ? Que faisons-nous ? L'interrompit l'un de ses soldats. Nous nous faisons débouter.     
-Évitons les grands conflits tant que nous n’en savons pas davantage. Toi, tu vas te charger de localiser le dernier fragment et concernant les autres... Vous, là, j'ai une idée ! Il y a quelques personnes que j'avais failli oublier. Faisons-nous pardonner, allez leur rendre visite, immédiatement !
Goldar, via son nuage sombre, repartit dans son palais alors que l'attendait Xándros, travaillant entre fioles et lueurs magiques. Ce dernier avait plusieurs choses à lui relater. En effet ses deux dernières expériences étaient à présent prêtes à les accompagner dans leur quête opprobre de pouvoir...

Le couteau marin, le crustacé.

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