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Majika

(Le roman sorti des rêves)

Chapitre 01
Projet Majika - Genèse

 

Il y a dix ans. Un moment guère comme les autres dans une tour ogivale dominant toute une ville... 
—Merci beaucoup d’être venu pour assister à l’expertise du dernier projet de GameshiCorp, un projet qui a maintenant pris vie après des années de dur labeur ! Il y a 23 ans, chacun pensait avoir vu le bout de ce que les spireliens étaient capables de faire mais je vais vous montrer aujourd’hui où se trouve le futur ! Je me présente, je m’appelle Miruel Gameshi, ou Migaga comme mes collaborateurs me surnomment. En venant ici, actionnaires et investisseurs, autour de cette somptueuse table, vous me comblez de joie. C’était mon rêve de jeunesse, et assurément le vôtre en secret, puisque nous avons connu les ordinateurs et les consoles, et Majika m’a permis de réaliser ce rêve ! Tout d’abord, laissez-moi vous mettre en conditions... Madame, s‘il vous en convient, apportez à chacun de nos invités le gratin de ce qui se fait en cuisine, Monsieur, indiquez à cette plante d’extraire le meilleur du parfum qu’elle peut émettre. Ce jour est celui d’une révolution, celui dans lequel n’importe qui pourra vivre toutes les vies qu’il souhaite ! Régalez-vous tout d’abord en observant cet écran-titre : la technologie de Lumière et de Psyché restituent à l’identique ce que je voulais que soit cet écran, celui que nous avons gardé. Tenez, madame Bellowicz, vous qui êtes l’une de mes plus anciennes supportrices, je vais vous demander quelque chose d’impossible : pensez « Majika », pensez-le tel que vous le voulez et je vous promets qu’apparaîtra devant vos yeux hagards cette pensée !
—Vous me flattez, monsieur Gameshi. Je me ferais un plaisir de vous soutenir une fois de plus même si je trouve le projet très... ambitieux.   
Les yeux de la riche dame parée de perles aux deux poignets se fermèrent, ils dévoilèrent un mascara bleu profond qui contrastait à l’envie avec sa chevelure teinte en blond platine. Tout à coup la pièce taillée en long changea de couleur et les convives furent nimbés de rouge et de rose, l’air à la fois incrédules et stupéfaits. Madame Bellowicz rouvrit les yeux et s’époumona littéralement !
—Voici ce que l’on appelle communément une image mentale, n’est-ce pas merveilleux ?
Monsieur Gameshi pointa avec son laser de Flux connecté l’écran holographique sur lequel « Majika » s’enroulait des roses toutes parfaites de l’imaginaire, les roses à l’identique de la vision de l’investisseuse. Il sourit comme le porteur d’un projet qui réussissait et ajouta plus fermement :
—Fascinant, non ? Dangereux aussi. L’un d’entre-vous sait-il pourquoi ?

Personne, médusé, n’osa répondre, sans savoir s’il croyait ou non dans la force d’un projet qui se résolvait à une simple image mentale, après les jeux-vidéos du passé et la Magie. La pièce vira au rouge cinglant, les yeux fermés, M.Gameshi fit saigner l’écran titre et commença à effrayer toute la salle avant de stopper sa vision, brusquement.
—Voilà POURQUOI, cela est aussi dangereux. GameshiCorp a depuis sa création voulu offrir un contenu réaliste et féérique et se passe volontiers des notions les plus barbares. Mais silence ! Le dîner vous est servi. Je voudrais tout d’abord que l’on applaudisse tous les développeurs qui ont œuvré à l’existence de Majika et sans qui rien n’aurait été possible.     
L’acclamation dura guère, les entrepreneurs voulaient en savoir davantage, cela les frustraient trop d’attendre, alors le directeur fut bien obligé d’interrompre son repas pour leur proposer la suite des festivités dans ce local qui fleurait bon la camomille. Il appela de manière remarquée un jeune nettoyeur de salle inconnu de tous, dont le prénom même ne lui était pas familier, et le convia à le rejoindre. Interloqué, le jeune au nom écorché par M.Gameshi, déposa son balai et sortit de l’ombre de la pièce, dans ses habits de service bleus – tout ce qu’il y a de plus classique. Il fut pris de peur face aux bouches closes des personnes qui lui firent face avec leurs faux-airs de juges sociaux et préféra laisser son patron éclaircir la situation. « J’ai pris ce jeune parce qu’il ne connaît rien à la technologie et ne pourra aucunement tricher, or, je l’ai aussi pris parce qu’il est du devoir d’un directeur de récompenser ceux qui servent loyalement ma société. Oubliez les manettes, les casques ou tout autre support, il n’y aura que lui, cet hologramme, et votre écran. Je vous prie, avancez, monsieur, et faites-leur découvrir le fruit de notre travail. Lumière !
Deux ingénieures entrèrent quelques commandes et la pièce s’assombrit de moitié, l’hologramme était à présent parfaitement visible et le nettoyeur de salle à l’air débrayé qui se morfondait disparut derrière les lumières, apparaissant subitement dans l’écran.   
—Voici un écran de sélection habituel, à une exception près, tout ce que vous voudrez porter vous sera octroyé, indépendamment de critères tels que la puissance ou l’endurance bien évidemment. Ici, c’est votre cosmétique qui entre en jeu. Alors, monsieur Hygua... Higart, qu’est-ce qui ferait donc plaisir ?
—Je... Je suis très bien comme je suis, je... bredouilla-t-il.    
Le ban d’actionnaires explosa de rire d’un coup sec mais la technologie de Magie d’Ultrason limita la force du rire. Le cube d’hologramme pouvait être insonorisé à tout moment mais M.Gameshi devait communiquer avec le technicien de surfaces : 
—Il peut tout à fait porter ce qu’il désire, y compris sa tenue de travail. Ne soyez pas moqueurs, sauf pour décider ce qu’il devra porter :  
Un doigt s’éleva directement et un être loufoque expédia comme une catapulte le ferait : « En poule ! ». La ligne de rires sardoniques fit la « holà ! » mais le directeur ne se démonta pas et montra qu’une commande extérieure au cube ne pouvait pas fonctionner. Il demanda alors au nettoyeur de lance cette commande et un somptueux costume de mascotte fidèle à la poule recouvrit tout son corps. Ce fut l’ironie qui monta dans la salle face au peu d’utilité qu’avait cette fonction pour le moment mal utilisée. En soi, la démonstration avait bien montré ce qu’elle devait monter.
Le nettoyeur demanda à retrouver ses vêtements et les retrouva bel et bien aussi vite que demandé.  
—Maintenant, je vais sauvegarder votre avatar et vais vous envoyer à des centaines de kilomètres. Comment voulez-vous vous appeler ?    
—Émile ?
—Cela est déjà votre prénom.
—Ah. Monsieur le directeur, pourrai-je avoir un brassard vert, pour être reconnaissable ?
—Il suffit de le penser. Soit, il n’y a rien de grave, nous avons bien inventé les « Options » pour arranger les erreurs des joueurs. Maintenant, je vais demander du calme et vous faire voyager. Allez-y !
La commande d’entrée dans Majika n’était pas encore automatique mais les ingénieurs connaissaient par cœur la matrice et expédièrent en moins de temps que nécessaire le nettoyeur, là où ils le désirèrent. Stupéfiant, le cube holographique s’arrondit et devient sphérique, permettant de tout voir dans toutes les directions. Nul besoin de marcher, penser à marcher suffisait et cela nécessitait acclimatation. Dans les yeux du nettoyeur, toutefois, des étoiles d’enfance imaginative se mirent à scintiller pour admirer une technologie si réaliste qu’on aurait dit qu’elle l’était. Sur le mur, des cerceaux, des balles, et tout accessoire nécessaire à organiser des jeux éducatifs. Quelqu’un traversa soudainement le nettoyeur et continua d’avancer vers un escalier semblant mener à une petite salle de conférence. Une actionnaire demande pourquoi la collision n’avait pu avoir lieu et crut tout d’abord qu’il s’agissait d’une erreur de programmation :    
—Vous par exemple, êtes trop pragmatique. Je vais vous montrer pourquoi dès à présent. Monsieur Hygart, je vous prie, montez cet escalier...
Le nettoyeur s’exécuta, tout en essayant de marcher dans la sphère avant de comprendre que cela ne servait à rien. Il grimpa mentalement les escaliers et leva les yeux comme l’ordonna M.Gameshi.  
—Comme vous l’apercevez, en haut du mur, nous voyons une caméra...
Les actionnaires commencèrent à se regarder, l’air horrifié, ils se demandèrent soudainement s’il était possible qu’on puisse le voir dans l’écran, ce qui serait complètement dément ! 
—Hélas non. Il n’y a qu’une seule réalité, on ne peut pas en créer une autre, en revanche, dit-il en allumant un second écran, on peut la supplanter !
L’écran dévoila la caméra de surveillance qui filmait l’escalier et qui ne pouvait évidemment pas repérer l’hologramme. À cet instant, une jeune femme les monta derrière le nettoyeur.    
—Et maintenant, admirez...  
La femme n’apparut pas seulement sur l’écran, non, elle apparut aussi dans la vision du nettoyeur ! En temps réel. Nulle tricherie, l’hologramme avait bien été invoqué dans le monde réel, sur Bélézia même ! Un jeunot qui statuait sur deux des pieds de sa chaise se vautra littéralement, estomaqué ! Ce n’était plus un jeu-vidéo ludique, il y avait quelque chose de complètement malsain qui avait plus les allures d’une technologie de l’armée !! M.Gameshi sortit une panoplie de photos et les déposa dans sur la table, non seulement, cette femme existait vraiment, mais cette école également, au micron près ! Comment cela pouvait-il être possible ? De la modélisation infinie en temps réel ?
—Un secret très bien gardé, assez pour que personne ne puisse en faire mésusage. Pour le moment, nous n’avons modélisé qu’un carré de 100 kilomètres, mais dans quelques années, Bélézia entière sera à la portée de chacun ! Continuez à visiter, M.Hygart. Quant à vous, soutiens au projet, il me semble que j’ai des comptes à vous rendre : voilà ce que sont advenus les dons que vous nous aviez fait. Avec les 10000 Gildors que j’avais engagé, vous m’aviez promis aussi peu que 100000 Gildors. Je vous propose une autre rente, au lieu de 100000 Gildors, nous aurions besoin de 10 voitures afin de sillonner Bélézia et accomplir le rêve que beaucoup de personnes nous ont demandé.    
—Dix voitures ? grinça monsieur Rocéphal. Cela va chercher dans les 800000 ou 900000 Gildors ! C’est de l’esbrouffe, qui dit qu’il ne s’agisse pas d’une mise en scène de votre part ?
—Si vous habitiez Montalisseau, je pourrais ici montrer à tous ce à quoi ressemble actuellement l’intérieur de votre maison. Hélas, nous n’avons pas encore achevé notre serveur pour Spirès, cela est bien handicapant pour fonder ma théorie à vos yeux.
—Vous n’avez donc pas de preuves.
—Soit. Moi, je suis prêt à vous suivre, M.Gameshi. intervint madame Bellowicz. Vos projets, même les moins aboutis, ont toujours su faire avancer la technologie et ont toujours rapporté. Qui me suit ?
—Combien estimez-vous pouvoir générer avec ce projet, étant donné que vous êtes si futé ?
—Plusieurs milliards, probablement.
—Comment ??? s’hébéta l’homme bourru, véritable requin de la finance. Les jeux-vidéos ne peuvent pas produire autant de richesse !
—Suivez-moi et vous pourrez découvrir comment. Avec un peu d’imagination, vous pourrez deviner que Majika est plus qu’un jeu-vidéo, il peut servir dans le tourisme, dans la sécurité, pour les interventions d’urgence...
—Sans preuves, je préfère me retirez. Si vous voulez bien... 
Sans preuve, sans essai en condition réelle, sans exploit assuré par cette machine des rêves, le projet s’arrêtait net. Les deux-tiers des investisseurs, ou peu confiants ou au contraire terrifiés s’en allèrent, et bien peu de monde resta face au président de GameshiCorp. Ces derniers observaient dans l’écran, dans son dos, l’un des plus beaux paysages qu’un écran n’ait jamais pu offrir. Comme un bout du monde, le crépuscule offrait au bout de l’arrière-cour de l’école sa lumière dorée sur tous les vallons et toutes les crêtes mirifiques de Monttalisseau. M.Gameshi baissa les épaules en observant les trois derniers investisseurs potentiels, dont madame Bellowicz, radieuse.  
—Pouvez-vous me croire ? Je vous assure que ce projet ne décevra pas si vous m’aidez à le finir. Je ne vais pas vous supplier, je n’ai que ces images comme preuve. J’ai peut-être aussi cela. Monsieur Hygart, puis-je vous demander de rentrer dans l’école et de trouver une salle informatique ?     
—Tout à fait monsieur. Savez-vous que je viens même de ressentir le vertige ?
—Inutile. Ils sont presque tous partis. Inutile d’essayer de les amadouer.
—Je crois que je suis arrivé. Puis-je traverser la porte qui est fermée ?
—Eliana, programmez la porte en mode fantôme.   
Le nettoyeur ne bougea pas le temps que le porte soit dématérialisée et ne compte plus comme mur invisible. Il traversa la porte et arriva derrière un élève qui consultait un ordinateur.
—Ces ordinateurs ont été donnés par GameshiCorp, ils sont donc reliés à notre serveur-test. M.Hygart, vous devriez avoir une option qui s’affiche près de vous, Parlez et dites oui pour interagir.   
—D’accord... heu... Entrer dans l’interface, oui.  
—Notez que ce programme ne sera pas disponible dans la version finale, car trop dangereux. Regardez la caméra de sécurité de la salle.     
Dans l’un des écrans, le visage du technicien apparut, et les trois derniers actionnaires bondirent de leur chaise ! Le directeur demanda au technicien d’appeler l’élève trop concentré pour avoir remarqué la chose. Sans dispositif de visionnage, l’ordinateur ne permettait pas de voir mais d’entendre oui. Tout était visible depuis la caméra.   
—Heu... Bonjour. 
L’élève cilla mais crut rêver et retourna à ses activités.    
—Je suis là... Où suis-je, patron ?   
—Dans l’écran.   
L’élève releva la tête et paniqua en poussant un grand cri. Il finit par rire, en demandant qui avait pu faire cette blague.    
—Ce n’est pas une blague, je suis vraiment dans cet écran. De ce que j’ai compris, je ne peux que t’entendre mais toi tu peux aussi me voir.
—Oui, mais mais...
—Je vais repartir. J’effectue juste un test de sécurité. Hésita le technicien de surfaces, désemparé. Ce qui s’avéra être une bonne excuse pour l’enfant et laissa les actionnaires sur le cul. En effet, tout ce que l’on pourrait faire avec cela pourrait changer la société tout entière ! Tous trois acceptèrent de signer le contrat dès lors que Gameshi entra dans l’hologramme en arrêtant le jeu. En effet, il n’était pas programmé pour plus d’une personne. Le rêve allait-il prendre vie ? Ou bien serait-il stoppé par la frayeur qu’il pourrait occasionner ? Il fallut dix ans pour connaître la réponse à cette question.

 

Chapitre 02 - Preview
L’ombre du justicier

Sous un été resplendissant les gratte-ciel de Spirès à la Magie de Verre autonettoyante miroitaient aussi bien que la surface de l’eau au soleil dominant les cieux. Les ponts reliant les tours, comme une ville au-dessus de la ville, furet soudainement ombrés par la traversée d’un individu masqué, poursuivi par des dizaines de miliciens, qui tentaient de le heurter à coup de bombes lacrymogènes et de gaz incapacitant. Les pâles d’hélicoptères sciaient d’ombre les bords du pont : même les médias couvraient l’affaire ! Le fugitif stressé frappa du pied une capsule de gaz qui chuta du pont et renvoya une bombe lacrymogène sur les miliciens enragés. Sitôt le reflet du soleil dans une caméra lui frappa l’œil, or, il préféra ne pas y prêter attention car sa liberté était en jeu !