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Launu le petit Bélier

Chapitre 3

Cette nuit, le maussade Finaud resta cloîtré dans la maison familiale, à croasser... miauler – la distinction était subtile à établir – couché sur le rebord intérieur de la fenêtre. Les gouttes de pluie chutaient le long des vitres de manière inlassable et les prairies regorgeaient d’eau. Ça et là les nuages s’écartaient et Launu n’arrivait pas à dormir à cause des bruits de la pluie qui s’abattait. Plongé dans un noir inquiétant, il se résolut à attendre que la nuit passe, comme chaque nuit normale passait en dormant. Soudain il rouvrit les yeux, comme si la fin de la pluie avait fait office de réveil. Soulagé, il cessa de se blottir contre sa mère et tâtonnant il passa la tête entre les barreaux de son enclos, glissant son encolure au travers jusqu’à percevoir les fenêtres. Le jour allait bientôt se lever, cela devenait de plus en plus tentant, et le vilain matou ne passait pas dans l’étable comme habituellement. Espiègle, Launu tenta par tous les moyens d’ouvrir son enclos, à la force du museau, il parvint à dégoupiller le crochet qui cliqueta et... Silence ! Quelque forme bougea derrière-lui ! Discrètement, le petit bélier détourna la tête et observa sa mère gesticuler dans son sommeil, sans toutefois s’éveiller. Ainsi rassuré, Launu poussa l’enclos de la tête et avança le plus doucement possible. À lui l’air libre, enfin ! À lui l’herbe la plus fraîche qui soit, l’herbe du tout petit matin. La fourche et la houe le laissèrent passer à l’extérieur où, se contorsionnant, l’agneau réussit enfin à sortir. La liberté lui chatouilla les oreilles, il se mit à gambader avec une immense fierté, le plus vite possible vers la pâture grasse ! Belle chicorée, splendide trèfle, étrange alfalfa, n’est-ce pas une excellente journée pour tous vous dévorer ? Et cette eau des abreuvoirs, toute fraîche ! Et qui dit eau fraîche dit fermier réveillé, alors Launu, malin, partit se délecter derrière des taillis, près d’une vieille clôture, là où même Finaud ne penserait pas à l’y chercher ! La branlante clôture datait et était fort abîmée, elle aurait facilement laissé passer des loups si le travail des chiens et des fermiers n’avait pas été aussi bien fait par ailleurs. Hop ! Sitôt vue, sitôt franchie, c’était la qualité de ce bélier à être tout petit qui lui permettait d’accomplir des exploits comme passer dans une chatière ou bien dans le trou d’un grillage ! L’ombre de Launu se dessinait sur les lampadaires, une ombre en croix, une ombre semblait hésitante, perdue. Les nouvelles odeurs du pain grillé furent si fortes que le jeune bélier se détourna de la ruelle pavée aux couleurs chaudes avant d’être frappé par l’émanation fraîche, glaçante d’effroi, qui s’échappait par le dessus d’une porte en verre. Cette odeur était forte, elle avait les traits d’un musc âcre et déplut fortement au bélier qui passa sa tête près de la vitrine... De la viande ! L’agneau ne reconnut pas son congénère, en revanche il reconnut la carcasse d’un animal qui ne bougeait plus, si rose, si rouge ! Le danger dégoulinait sur le pauvre animal et pourtant Launu ne frémissait pas, il était curieux et voulait savoir s’il pourrait rencontrer des animaux comme lui dans ce monde minéral réservé aux spireliens ! L’agneau, trop naïf, décida de pousser du museau le battant de la porte de service, marchant sur le carrelage froid et granuleux, à la traque de l’odeur puissante...