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Majika

(Le roman sorti des rêves)

*Bang-Bang !* Il pleuvait des coups dans tout le souterrain où le fugitif fuyait. Rosthauf l’avait retrouvé, son armée de robots ne le lâcherait plus ! Dès qu’il déposa un pied dans un recoin ne serait-ce qu’un peu isolé, il fut de nouveau traqué, et même s’il avait juré ne pas se servir de son Sentilet, sitôt il dégoupilla la face d’un robot avec, en laissant pleuvoir des éclairs de Foudre qui vinrent terrasser tous ses circuits électroniques. Le fuyard faillit lâcher son arme, surpris par le recul et par son geste « meurtrier », cela faillit lui arracher la vie s’il n’avait pas eu l’aide d’une brique bien placée qui dévia un rayon dirigé droit sur lui. Gémissant à cause de sa blessure, il décida de fuir, incapable de tirer un deuxième coup ! Il sauta par-dessus une rigole puante servant à l’aménagement des eaux usées d’un site artisanal puis coupa par une étroite ruelle. Seul lui en était persuadé : ainsi il sortirait. Il crut même apercevoir un panonceau lointain indiquant, à moitié effacé : « S..r.ie Su.-.uest ».

Trois ombres erraient dans les rues désertes d’un périphérique-sud semblant abandonné. Rien d’étonnant à cela : les citoyens vivaient jusque tard dans la nuit leurs « folles soirées » au stade, aux bars, aux discothèques... ou ailleurs, presque « sauvagement » dans l’un des parcs artificiels de Spirès. L’équipée changea de trottoir quand un robot-nettoyeur – le pauvre, tout sali – le leur demanda poliment. Ils se retrouvèrent tantôt sur le Pont de la Mer à scruter les quelques bagnoles qui traçaient leur route « Bon, on y va, sinon on va regretter. » avoua Matt. En montrant une automobile sportive flambant-neuve qui fendait la file des usagers plus lents.
—Certains s’en sortent... maugréa la pauvre spirelienne, amère.   
—Ils ont fait des études. répondit Matt.  
—Ça ne change rien, mec. Le problème, c’est que pour être développeur, il faut aussi en faire, des études.  Qu’est-ce que tu aimes faire d’autre, Iris, qui ne nécessite pas d’études ? Un job temporaire mais intéressant, quoi.
—Pfff... Je ne sais pas. J’aurai aimé travailler dans l’animation ou le social aussi.
—À Montalisseau, il y a une magnifique école : elle fait centre aéré quand il n’y a pas cours, et toute la région en profite ! Pourquoi ne pas demander ? objecta Aldric.  
—Montalisseau par-ci, par-là, faut déjà y être... bouda Matt. 
—Je n’ai aucun diplôme... Y’a des concours. S’attrista-t-elle. 
—À quoi ça sert un diplôme, haha ? sourit Al. C’est juste un faire-valoir, comme les trophées ! Et si tu révisais en route ?    
—Elle admit qu’il s’agissait d’une bonne idée et déjà le bruit du trafic nocturne derrière eux s’éloignait. Des quartiers exactement agencés comme celui d’Al s’alignèrent de part et d’autre d’une grande rue aux trottoirs obstrué par des grands arbres rectilignement plantés. Quelques pitchounes tapaient du ballon sous les lampadaires dorés sous l’œil attentif de leurs parents qui discutaient, sereins, assis sur des chaises d’extérieur. Quelque passé oublié ressurgit dans la tête des deux garçons avant qu’ils ne disparaissent entre deux lignées de lierre le long d’un chemine de gravillons. Ils refusaient de poursuivre vers le sud et ses plages surchargées de touristes en été, surchargées de bruit et de festive violence. Juste à leur droite, tout près, circulait un canal pas des plus propres, à l’eau blanchie par le chlore mais illuminée sous sa surface par des luminaires aquatiques il ressortait comme un brillant torrent de miel, vif... qui s’affadit, s’affadit, s’affadit encore... et disparut... Il n’y avait plus que des constellations de luminaires au-loin, et rien d’autre. Les trois personnages s’étaient retrouvés dans le noir, un peu perdus, sur des terrains herbeux vagues...
—C’est par où, à présent ?   
—Aucune idée.   
—On va se débrouiller, il doit bien y avoir une étoile pour nous indiquer le chemin.

—Tu t’y connais en astronomie, Al, d’un coup ? As-tu remarqué qu’on les voit à peine avec toute cette pollution lumineuse et cette fausse nuit bleutée ?
Iris, connecte-toi sur DrakkarMaps, ça ira mieux.    
Elle récupéra son téléphone, téléphone qu’elle maniait étrangement maladroitement, et manque de chance.    
—Quoi !? Beuh, comment ça, zone blanche ? Pas possible, on est à deux kilomètres de la plus grande antenne-réseau du pays !! Oh... mais c’est où, dans les paramètres !? tapotait-elle sans effet sur son écran. 
—T’es chez qui, toi ? demanda Matt.     
—Mmh... C’est compliqué.    
—Il est nul ton fournisseur d’accès en tout cas. Bref, ça ne nous arrange pas, et attention, y’a des ronces.   
—Vous n’avez pas de téléphone, tous les deux, enfin ? pesta Iris. 
—Quitter la technologie, ça veut dire ça pour moi. Se vanta Matt.     
—Et toi, Aldric ?
—Moi ? Ah ! Je n’ai plus de batterie, et puis, bon, regarde cette merveille : le tout nouveau Tech 320 pro édition limitée collector carte graphique Spectar 1080 Titanium et tout... sauf tout ça en fait. Montra-t-il son vieux téléphone à clapet    
—Joue-toi de moi, tiens... Sérieusement, on fait encore des trucs comme ça de nos jours ? écarquilla-t-elle les yeux.     
L’adrénaline, crevant tout à l’heure le plafond, chuta aussi vite que le niveau sonore baissa radicalement. Ils marchèrent, mais ils étaient bien plus perplexes, comme si quelque chose n’allait pas dans leur plan, cette satané impression de faire quelque chose de mal... En fait, bien qu’ils ne le disaient pas, ils avaient la trouille. Heureusement pour eux, ils ne faisaient pas tout à fait noir et assez vite, ils s’habituèrent et commencèrent à distinguer quelques silhouettes du paysage proche. Ils firent comme tout le monde dans le passé, un pas devant l’autre, à l’aventure, avec Matt, pour qui c’était son premier départ qui encourageait : « Nous avons passé le périphérique et nous continuons, on est les meilleurs ! » Et ils crurent halluciner en apercevant une trappe se soulever à cents mètres : quelqu’un en sortit sous leurs bouches-bée et alors des bruits poignants frappèrent depuis les sous-sols ! Ça trembla jusqu’à leurs pieds et quand plusieurs robots sortirent à leur tour de la trappe, affolés, ils se plaquèrent dans l’herbe et essuyèrent avec incompréhension la presque guerre qui sévit devant leurs yeux avant de s’éloigner vers des champs de printaniers plongés dans le noir !    
—C’était quoi ? émit Al de sa voix chevrotante.
—À peine sortis, et j’ai l’impression qu’on nous recherche déjà ! grommela Matt.    
—Je crois savoir... haleta Iris. Ils ont parlé d’un fugitif ultra-dangereux qui sévit dans Spirès et qui aurait volé un prototype militaire confidentiel aux infos.
—Eh bah, pour une fois, j’aurais voulu qu’ils se gourent ! Faut qu’on se tire de là, je ne veux pas mourir bêtement et maintenant !    
La panique les fit drôlement accélérer, elle leur scia même la voie et ils traversèrent le terrain vague en seulement dix minutes, tout accrochés par des fleurs à crochets fort inconvenantes. Eux-mêmes n’y crurent pas mais avant minuit, heure du téléphone d’Iris, ils avaient l’impression d’être loin de la cité technologique. Loin... bof. Al remarqua un groupement de lumières derrière des barrières par-dessus lesquelles ils grimpèrent vite. Enfin de la lumière, ouf ! Le contact du végécol avait de quoi ravir leurs pieds peu enclins au tout-terrain. Ils s’arrêtèrent un instant pour souffler sous un réverbère car Iris avait mal aux pieds et Matt essayait d’enlever toutes les fleurs collées à son pantalon crème déjà bien verdi par les herbes. Quelque part assis sur les barrières, ils s’adonnaient déjà à la pratique préférée du marcheur du saneva
(1) : grignoter. 
—Au fait, qu’as-tu pris pour le voyage ? Demanda Matt à Aldric.
—Oh, plein de trucs : des bi-choco, des caramels, des chips, des compotes dans la glacière avec l’eau... mmmh, du concentré de sirop, trois casse-croûtes...
—Et des pâtes, par hasard ?  
—Des pâtes ? Il me semble que... Ah, ça me revient ! Je savais que j’avais oublié quelque chose... Attends... non, ce n’est pas ça ? Ah, non, ça c’est le paquet de barquettes à la printe... là c’est le café, et... je ne vois pas...    
—On est bien partis. Excuse-nous Iris si on crève la dalle, c’est sa faute. Allez, je préfère partir, déjà que j’ai aucune idée d’où est la prochaine ville et qu’on ignore la direction, et qu’on n’a pas de vraies chaussures de marche ! Youhou !
—Tu ne veux pas ton sandwich, Matt ?  
—Ah ! Bonne blague ! Bon appétit !
Matt agrippa son sac et avança vers un panneau surmonté de l’odonyme « Chemin des Sarriettes. » pour attendre ses deux comparses éprouvés par la recherche de leurs bagnats respectifs. Ils les mangèrent en contemplant les numéros sur les portes défiler pour les enfoncer dans la campagne, qui se faisait attendre... Malheureusement, pour ces « spécialistes » de la géographie, la campagne, les voilà déjà dedans, mais près de Spirès ça ne ressemblait plus aux campagnes vierges du passé, il y avait des maisons de partout, et des routes à n’en plus finir. Au 2082 des Sarriettes ils s’arrêtèrent à nouveau, Iris n’en pouvait plus et ils eurent l’impression d’être pitoyables : « Et il fait frais, et j’ai mal, et j’ai faim, etc. »   
—Les gens du passé nous riraient au nez.
—Ils n’ont pas eu les mêmes problèmes. Bon, tu captes ?   
—Non, et.. Ça c’est un problème... 
—De quoi ?
—Non, rien... minauda-t-elle, verte. 
—Fais voir.
—Non.
—Allez, je ne vais pas le casser !   
—Que dalle. C’est quoi le mot de passe, raah !!!
—Tu... comprit Matt. Tu vas nous fiche dans la merde, je le sens gros comme un réquim !     
—Ouais, c’est un téléphone volé, tu crois quoi, que j’ai des moyens !? Je me démerde, c’est bon. S’énerva Iris, haussant le ton sur Matt.    
—Bon. Peu importe, calmons-nous, je n’ai pas envie de réveiller les gens qui dorment.
Iris, vexée, rangea son téléphone et se rendit compte, presque ahurie, que ça n’arrangeait pas ses douleurs aux pieds ! Matt croisa les bras en soufflant et Al trancha : laissons la technologie au placard, ils n’en n’auraient pas besoin dans l’immédiat. Ils reprirent lentement la route, laissèrent minuit passer devant eux, ramèrent lentement jusqu’à trouver le numéro 3000, et alors qu’ils commençaient vraiment à se demander s’il ne valait pas mieux rebrousser chemin à cause de la raréfaction des villas qui devenait inquiétante, les pieds brûlants, Iris remarque un objet sur le bord de chemin, près du talus, sur la pelouse. Ils en approchèrent : c’était une brouette, semblant pus oubliée qu’abandonnée. Quelle aubaine, elle rêvât d’y déposer son fardeau et n’était pas seule. C’était assurément le mieux à faire mais ça restait du vol.
—Je ne cautionne pas. Avoua Matt.
—On l’emprunte. Je la rendrai un jour, ça va.  
—As-tu bien compris que nous ne revenons pas ? s’étonna Al.   
—Bien sûr !
—J’espère qu’elle est graissée, sinon, on va sa faire attraper en moins de deux...

Pour le vérifier, le mieux était encore de l’essayer. Elle n’avait pas l’air d’appartenir à quelqu’un, ou en tout cas on ne lui prêtait pas beaucoup de valeur pour la laisser sur un bord de route. Al fit basculer la brouette en avant et fit tomber quelques feuilles qui traînaient au fond avec deux ou trois gendarmes cachés dessous. Il souffla pour faire partir les dernières poussières et tout le monde y mit ses affaires avec joie. Rapidement, ils s’éloignèrent, et heureusement sans un crissement de brouette. Maintenant, en dépit de la fraîcheur du vent d’ouest qui plongeait face à eux, ils commençaient à se sentir mieux, un peu plus indépendants, un peu plus libres ! Ils oubliaient même qu’en ce moment un million de joueurs à travers le monde découvraient peut-être eux aussi la même route, et avaient potentiellement vu ce malheureux vol de brouette en direct ! Combien d’avatars courant autour d’eux, combien d’entités ennemies ? La nuit était grisante que l’on soit à l’intérieur et au chaud ou au frais extérieur... seul l’intérieur des maisons échappait à Majika : à la place, des intérieurs générés aléatoirement les remplaçait... mesure d’éthique... jusqu’aux piratages.

Plus tard. Iris gémissait comme si elle marchait sur des chardons ardents et Matt bâillait ouvertement. Elle observa qu’au 3853 ils n’avaient toujours rien croisé et demanda de manière intrigante : « Qu’est-ce que j’aimerai bien m’allonger dans cette brouette ! »    
—Si tu veux.    
Matt n’attrapa pas l’information, dix mètres devant, trop concentré à savourer son thon-œuf-mayo qu’il s’était enfin décidé à partir... Et tout à coup, il s’arrêta. Il se planta littéralement comme imitant le P.T.T qui le côtoyait !
—Ça ne va pas ? 
—Oh mais si, ça va très bien. Regardez, là-bas !
—C’est...
—On y est ! Ouais ! sauta de joie Matt.  
Ridiculement olympique, ce panneau tout à fait classique représentait leur premier exploit : voilà, au bout de ces innombrables 3963mètres de Chemin des Sarriettes, après tout cet immense terrain vague rempli de fleurs crochues, cette descente infinie de l’Allée de la République par la voie des... de... l’à pied... pas du bus, ils étaient arrivés ! Arrivés devant le...  
—Tiens, saloperie, et va ni♥er tes morts !     
—Mais enfin Matt, ça ne va pas ? questionna Iris à matt qui mit un coup de pied à la base du panneau, remplis de somptueux gestes d’insulteur professionnel.
—Ferme-là, Matt, on va nous entendre ! 
—Je m’en tape ! Allez, restez bien dans votre ville moisie : adieu, adios, arrivedecci, abstunda, WOOOOUH !!! cria joyeusement le luron.  
—O...K...
—On ne l’arrête plus quand il est comme ça, il crie, il fait des bras d’honneur... Ah oui, la totale, Iris... Du moment qu’il avance...

Matt regarda une dernière fois, avec délectation, le panneau avec le jouissif « Spirès » barré qui fit battre la chamade à son cœur. Il réclama aussitôt un paquet de chips et se remit en marche avec allégresse, oubliant les mètres. Et Al suivit en discutant avec Iris au-loin, toujours allongée dans la brouette, alors qu’il n’y eut à la fin plus que la nuit sombre et l’éclairage de son téléphone bloqué pour les accompagner. Ah ! cette première nuit, ils s’en souviendraient. 
Et dire qu’ils n’avaient même pas encore songé à l’endroit où ils dormiraient !

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(1) Sixième et dernier jour de la semaine bélézienne. Équivalent de « Marcheur du dimanche. » => Marcheur qui ne marche presque jamais.