© 2019 par Bélézia. Créé avec Wix.com

Launu le petit Bélier

Chapitre 2

La nuit était profonde. Le petit bélier avait fini de dormir, il mastiquait son foin avec la même ardeur que d’ordinaire. Entre deux fétus, il remarqua soudainement que la porte de son enclos n’était pas fermée comme d’habitude, et curieux, il s’en approcha et frotta de l’étoile brune qu’il portait au front le portail que le fermier épuisé avait oublié, miracle, elle s’ouvrit ! Curieux mais apeuré, Launu marcha à petit pas. Dans l’étable, tout le monde dormait, les grandes vaches, les paresseux cochons, et bien entendu les mères brebis qui s’offusqueraient de le voir gambader à cette heure tardive ! L’agneau était encore si petit qu’il passa sans être remarqué sous les enclos et découvrit une chatière nichée entre une houe usée et une dangereuse fourche ! L’air frais lui emplissait les narines et il poussa le battant avec timidité. La plaine était là, le paradis lui touchait le museau... mais soudain !


-Que fais-tu ici, toi ? Tu es sur mon territoire ! grogna un être sombre de la nuit.
Il s’agissait du chat de la ferme, Finaud. Un chat sombre, tigré de gris. Seules ses vibrisses blanches étaient visibles et l’agneau, effrayé, recula dans l’étable.
-Il me semble que tu n’as pas le droit d’être ici, hmm ? miaula la teigne, menaçant de réveiller les autres animaux. Launu était paniqué : il vaudrait mieux retourner au chaud, près de sa mère. Le chat continua d’avancer et le petit bélier n’eut d’autre choix que de retourner dans son enclos...
-Je jure que je quitterai cette étable. Dehors, c’est si joli ! Il y a tant de bonne herbe !
Malheureusement, le lendemain, le vieux Finaud tourna autour de l’enclos jusqu’à ce que le jeune spirelien se rende compte qu’il n’était pas fermé. Il félicita le chat et partit pour ouvrit le pâturage aux animaux, mais tout à coup il se pencha sur une lettre posée dans la boîte aux lettre vieillotte plantée devant la ferme. Ses traits se froncèrent, ses poings se serrèrent :
-Maudite ville. Cette fois-ci, ce vieux boucher ne s’en sortira pas ainsi ! Tu n’auras pas ma ferme, ingrat !
Oubliant d’ouvrir la clôture, il partit en direction de la ville d’un pas pressé. L’étable tout entière se regarda, Finaud, lui, préféra s’en aller avec sa démarche hautaine.  La maman du petit bélier le rassurait et il se désespérait de ne pas pouvoir sortir et jouer avec ses petits camarades. Pendant ce temps, le fermier ouvrait la porte en verre de la boucherie d’un ton ferme, comme s’il avait des comptes à rendre avec le patron. Le boucher le jaugea d’un air narquois et le fermier s’avança d’un pas lourd. Le boucher était ennemi avec son père, lui qui voulait ouvrir son commerce là où se trouvait la ferme familiale ! Le vicieux personnage se servait d’une lointaine amitié et de l’argent que devait le père du fermier, et qui était consigné chez un notaire, afin de demander la fermeture et le rachat de la zone.
« Je prendrai tes terres et tes bêtes, j’en ai le droit ! Et maintenant, quitte ma boucherie immédiatement ! » s’enhardit-il. Pour ne pas aggraver la situation, le fermier, abattu, quitta la boucherie, non sans renverser le présentoir à journaux posté sur la devanture. Que pouvait-il y faire ? Il ne pouvait pas récolter l’argent avant qu’on lui saisisse ses biens. Même le petit bélier n’aurait pas le temps d’être tondu... Et dans l’étable, hélas, aucun des animaux ne vit le jour cette journée-là.